Quelques explications à propos… des Statues de Binche, deuxième partie.

La semaine dernière, nous vous avons présenté trois statues visibles à différents endroits de la ville de Binche. Comme promis, cette semaine, nous poursuivons notre promenade. Suivez-nous si vous le souhaitez ! 

Les statues de L’Arlequin et du Pierrot.

Dans le cadre d’un concours lancé par la Ville, le mercredi 26 septembre 2012, deux nouvelles statues en bronze ont pris place dans les rues de Binche :

  • La statue du Pierrot en bas de la rue Saint Paul et
  • La statue de l’Arlequin dans la cour du Musée international du Carnaval et du Masque.

slideshow_2Les frais relatifs à leur confection et à leur installation ont été pris en charge par la ville de Binche. Elles sont les œuvres d’un artiste local : Christophe Pourbaix, déjà évoqué dans l’article précédent et dont la famille possède l’exclusivité pour la fabrication des masques de cire des Gilles et des Paysans.

L’Arlequin.

La société a été créée en 1966 par Samuel Glotz, elle se compose essentiellement des élèves des classes primaires de l’Athénée Royal de Binche.
« Quand il est devenu préfet des études de l’Athénée de Binche, il a voulu créer une société pour les élèves de l’établissement, comme il en existait au Collège Notre-Dame, qui avait les Paysans et à l’école des Frères qui avait les Pierrots », se souvient son fils Bernard Glotz.

L’Arlequin est inspiré de la Comedia Dell’Arte. Il porte un chapeau feutré de couleur verte muni d’une queue en fourrure noire et grise. Sa blouse et son pantalon sont en tissu imprimé de triangles jaunes, rouges et verts avec une ceinture noire. Il porte un demi-masque d’Arlecchino galonné de fourrure. Dans sa main, il tient une batte ornée de rubans de différentes couleurs.

 

La société des enfants a fêté son 50ème anniversaire et est devenue « Société Royale ».

Le Pierrot.

Déjà en 1896, le « National Illustré » parle de ce groupe avec éloquence : « A ces groupes arrivent à se joindre une quantité de Pierrots blancs, rouges, roses, violets, mis avec un luxe que nous ne rencontrons pas toujours dans nos bals travestis et qui jouent un rôle important dans la journée. »
Les Pierrots circulaient de groupe en groupe avec légèreté et gracieux costumes. Ils lançaient des appels et quiconque n’était pas déguisé, se voyait soudain entouré d’une nuée de petits Pierrots. Alors, sans vergogne, tous à la fois, ils déversaient dans le cou de leur victime le son qu’ils cachaient soigneusement dans les longues manches de leur costume. Les Pierrots étaient composés indifféremment d’hommes et de femmes.

La date à laquelle ces joyeux fêtards disparurent est inconnue. Mais, en 1936, ils n’existaient déjà plus et c’est, dès 1937, qu’ils furent remplacés par nos Pierrots actuels.
La société a été créée par le Frère Fernand en 1937 qui, à l’époque, était Directeur de l’Ecole de Frères.

Sa volonté était de faire participer les enfants au Carnaval sous la surveillance des instituteurs pendant que le papa faisait le Gille et que la maman s’occupait de son Gille ! De cette façon, les enfants n’étaient plus livrés à eux-mêmes ! Aujourd’hui, ce sont les élèves garçons comme filles, issus des classes maternelles et primaires du Petit Collège de Binche (qui a remplacé l’Ecole des Frères) qui composent la société.

 

Le costume des Pierrots est composé d’une blouse ample et d’un pantalon. Il peut être confectionné en quatre couleurs différentes à savoir le rose, le bleu, le vert ou le jaune pastel. Il porte un chapeau conique, orné de dentelle et de rubans blancs.

Comme les Gilles, les Pierrots ont leur masque : un loup noir, qu’ils portent l’avant-midi du Mardi Gras. A la main, à la place du ramon, ils tiennent un mirliton.

Le Roi Baudouin a accordé le titre de « Royale » à la Société en 1987.

Il ne faut pas oublier que les Gilles et les personnages des Sociétés de Fantaisie ne seraient rien sans les musiciens qui les suivent lors des soumonces et, bien évidemment, au moment du Carnaval. Binche a choisi de leur rendre hommage en les statufiant également.

La statue du Joueur de viole dit « El Maniqueù ».

La statue de bronze, plus grande que nature (elle atteint près de deux mètres de haut) inaugurée en février 2012 est elle aussi, l’œuvre de Christophe Pourbaix. Elle est érigée sur un socle en pierre bleue au cœur d’un square aménagé au carrefour de la route de Charleroi et de la rue de Parsignies.

20190813_102944[11514]La viole est un instrument de musique, un orgue de Barbarie qui a été adaptée pour le folklore Binchois. Elle a été importée à Binche vers la fin du 19ème siècle par des forains flamands, du nom de Boon. Elle était fabriquée en Allemagne par la manufacture « Harmonipan Frati et Compagnies de Berlin » (disparue aujourd’hui) ou par la firme « Gavioli » de Paris ou parfois d’artisans belges en majorité des forains. Au début vers les années 1885-1890, la viole était montée sur une charrette et aussi surprenant que cela puisse être, trois femmes venaient aussi à Binche pour jouer. Une des femmes poussait, l’autre tirait et la troisième (Marie Boon) jouait. Mais l’effort physique demandé pour activer ces orgues était intensif ! C’était très dur d’en jouer !

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L’instrument n’était pas conçu pour les besoins folkloriques de la Cité du Carnaval. Quelques transformations furent utiles …

  • Pour être transportable, l’instrument fut maintenu le long du corps du joueur grâce à un jeu de bretelles.
  • Une béquille en bois a été ajoutée à la caisse permettant de poser l’instrument,

… et la viole de Binche était née !

statue 13[11373]Grâce à ce système, le musicien appelé « el maniqueù » ou encore « dj’weûd’viole » peut transporter la viole pesant entre 30kg et 35 kg d’un endroit à l’autre de la ville ou même la poser tout en continuant de jouer pour les habitants de Binche qui aiment danser et s’amuser !
Les soufflets et le clavier sont mis en jeu par un cylindre de bois qu’on fait mouvoir à l’aide d’une manivelle appelée « manique » à Binche.

Après un passage à vide, les airs aigrelets réapparaissent enfin pendant les trois jours gras. Les violes « sortent » le Dimanche, le Lundi, le Mardi matin des « jours gras » entraînant avec elles, les différentes « Jeunesses », les costumes de fantaisie et quelques bandes de « particuliers » pour une danse rapide, populaire mais très amusante.

La statue du Tamboureur.

Cette statue en bronze de près de deux mètres repose sur un socle de béton garni de pierres bleues. Elle est située au bas de la rue de Mons et de la rue de la pépinière et est, encore et toujours, l’œuvre du même artiste binchois, Christophe Pourbaix.
Le tambour est un instrument très important durant les jours gras et toute la période pré-carnavalesque ! C’est lui qui prend en charge le folklore du Carnaval.

Chaque société possède sa batterie qui est composée de six tambours, d’une grosse caisse soutenue par celui qui semble en faire partie intégrante, le porteur de caisse, et est dirigée par un chef de batterie. Sans oublier le joueur de caisse qui écrase sa « maïoche » sur son instrument.

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image_large tamboureur (2)Les mêmes airs de tambours sont joués dans toutes les sociétés, mais de façons différentes, selon leurs nuances et leurs rythmes. C’est ce qui s’appelle « le Jouage ».
De par leurs « ra » et leurs « fla » prodigués par les roulements et les coups secs de deux baguettes que l’on frappe sur la peau du tambour, les tamboureurs font vibrer non seulement les rois de la fête, les Gilles, mais également toute une population.

Devenir tamboureur s’apprend en jouant entre amis, à l’école de tambour ou grâce à un autre tamboureur expérimenté. Mais pour être un bon tamboureur, il faut aimer son instrument et, bien sûr, le Carnaval. La passion de jouer doit exister ! Celle-ci, il l’a héritée bien souvent de sa famille car, comme le Gille, cela se transmet de père en fils !

thZW1BUY2FMais dans l’un ou l’autre cas, l’ambiance mise par les tamboureurs s’accompagne toujours d’un contact très proche avec les Gilles. Il suffit pour s’en rendre compte de les observer le temps d’un «avant-dinner», lorsque les regards pétillants se croisent, les clins d’yeux s’échangent. Ces sourires viennent ajouter une dimension inexplicable à la force des roulements des baguettes. C’est sans doute cela aussi la magie qui fera dire aux Gilles, alors que la batterie vient de s’arrêter devant le café : « C’était une belle celle-là !»

Six semaines avant les jours gras, comme la tradition l’impose, la période pré-carnavalesque commence par les répétitions de batteries suivies des soumonces en batteries et puis, en musique. 
Dans certains cafés de Binche, locaux respectifs de chaque société de Gilles, les tamboureurs se réunissent pour une répétition des airs de Carnaval, sous l’œil attentif des participants du folklore. Cette période de l’année à Binche est importante car elle signifie le début des festivités, tout le monde se met déjà en « mode Carnaval ».
« C’est un grand jour pour tous les tamboureurs », nous confie Pol Canart, chef de batterie de la société des Incas, « c’est une passion et quand on a une passion, on aime se donner jusqu’au bout ».

sticker-partition-musique-couleurs-6L’ensemble batterie-musique forme une formidable harmonie et soyons modestes, peut-être est-elle une des plus belles de la région ? Venez – vous essayer aux « ra, fla et raflafla » des airs de Gilles !

La statue du Musicien.

Après le Marin, l’Arlequin, le Pierrot, le Tamboureur et El Maniqueù, c’est le Musicien qui est mis à l’honneur.

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La statue en bronze mesure 190 cm sans son socle et pèse 300kg, le musicien porte sur sa tête une casquette « Plus Oultre » et a ses poches remplies d’oranges. La sculpture a été réalisée par l’artiste Christophe Pourbaix et lui aura valu plus d’un an de travail. Elle a été coulée à la fonderie Gaetan Lebelle à Hembise (Hainaut/ Belgique).
Elle a été inaugurée ce dimanche 28 janvier 2018, en présence de 500 binchois et en musique, devant l’entrée de l’ancienne Eglise des Récollets.

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Chaque société de Gilles ou de Fantaisie possède sa propre batterie. Lors des soumonces en musique et lors des cortèges de l’après-midi du Dimanche et du mardi gras, ces batteries sont accompagnées d’un orchestre de cuivres (excepté les Paysans qui le Mardi matin sortent déjà « en musique », comme on dit à Binche). On y trouve des trompettes, tubas, clarinette, trombones, sousaphone, … et le nombre de musiciens varie entre 15 et 18 sous la direction d’un chef de musique. Et, comme déjà noté dans un article précédent, il existe, à Binche, 26 airs de Gilles, leur répertoire est assez vaste.

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Malheureusement, c’est la dernière œuvre que l’artisan binchois Christophe Pourbaix réalisera pour sa ville et le bonheur de ses habitants car l’artiste s’est éteint à 52 ans, en juin 2018.
Christophe Pourbaix était passionné par l’art. Réalisant sa première œuvre à six ans, il s’était entièrement consacré au dessin et à la sculpture. Après avoir mené des études d’Arts Plastiques à l’Institut Saint-Luc à Mons, il avait poursuivi en recherche graphique à Bruxelles, avec Claude Renard et François Schuiten. Artiste jusqu’au bout des ongles, le pur Binchois brûlait tout autant pour le folklore de sa ville.

« Binche perd le créateur des statues du Marin, du Pierrot, de l’Arlequin, du Tamboureur, du Joueur de viole et du Musicien », témoigne le bourgmestre Laurent Devin lors des funérailles. « Binche pleure un grand artiste qui sera toujours présent aux quatre coins de notre Cité du Gille. »

Cependant, dans le quartier de la gare de cette même ville, plusieurs statues agrémentent le square et elles ne sont pas nées sous les doigts de C. Pourbaix ! Ce sont des statues historiques ! Mais leur histoire est une autre histoire ! Et elle sera le sujet d’un nouvel article publié dans le courant de 2020… Soyez attentifs !

2-c.p. Le square de la gare

Références utilisées par Joëlle pour la rédaction des deux articles consacrés aux statues de Binche :

  • Outre celles proposées via les liens glissés dans le texte,
  • Histoire de la ville de Binche- Société d’Archéologie et des Amis du Musée de Binche (SAAMB),
  • Les violes de Binche – Marc Lefebvre,
  • Binche et le Carnaval – Adelson Garin.

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