Quelques explications à propos… des Statues de Binche, première partie.

 

Lorsque vous vous promenez et arpentez les rues de Binche, vous découvrez des habitants bizarres au bord de certains trottoirs… des statues. Elles sont les symboles de ce qui est le plus « précieux » au cœur des binchois : Le Carnaval.

Elles immortalisent une tradition ancrée dans la ville depuis la nuit des temps. Elles prouvent que le Carnaval est bien présent chaque jour, à chaque moment de l’année à Binche et que le nom de « cité du Gille » lui est attribuée à juste titre.

Chaque statue représente un personnage d’un groupe folklorique et la plupart d’entre-elles ont été réalisées par un artiste binchois : Christophe Pourbaix.

La statue du Gille.

Devant le parc communal, entre le Musée du Masque et l’église Saint Ursmer se dresse une très jolie statue représentant le Gille, Roi du Carnaval de Binche. Cette œuvre en bronze a été sculptée par le Belge Robert Delnest (Mons 1904 – 1979).

20190622_143608[11324]Voici quelques caractéristiques de la statue (description du travail) données par la Compagnie de Bronzes :
gilles 5[11366]« Le gille mesure 3,8 m. Il est réalisé en 19 parties reliées par des romaines : 1, le chapeau ; 2 à 9, les huit plumes ; 10, le torse depuis la ceinture jusqu’à la tête et fixé au bassin par des clefs ; 11 les deux jambes ; 12 et 13, les deux bras dont un portant le panier ; 14, la terrasse renforcée par des nervures venues de la fonte ; 15 à 19, les cinq rubans fixés au chapeau et au torse par des prisonniers.
L’œuvre terminée pèse 1280 kilos et mesure 4,3 m socle compris. C’est d’ailleurs une prouesse technique que de tenir cette masse sur le cou.
L’or de la statue fut appliqué par la maison Buggenhout, de Bruxelles, l’œuvre est dorée à la feuille d’or double pour l’extérieur, la mixtion sur la première couche est isolante et la seconde donne la patine »

Avec le temps, la statue du Gille a eu besoin d’un « relooking ». En 2011, responsable de son embellissement, une société anversoise de restauration de métaux fut interpellée.
Comme on l’a dit plus haut, originellement, la statue du Gille était couverte de dorure. Celle-ci s’est érodée avec le temps. La statue fut traitée en vue de recouvrir son aspect originel. Cependant, le Gille ne récupéra pas sa teinte dorée. La restauratrice dit encore « La dorure attire les actes de vandalisme. Nous préférons donc lui laisser sa couleur bronze naturelle ».

« Ô Gille, notre Gille, Gille de mon âme, de notre cœur, de notre sang, nous avons voulu te posséder parmi nous d’une manière permanente, toi qui fais partie intégrante de notre vie ». C’est dans ces termes que le 3 Février 1952, veille du Carnaval, le bourgmestre Charles Deliège, en habit de cérémonie, inaugurait en tambour le monument à la gloire du Gille. C’est Monsieur Jean Deprez qui avait servi de modèle et posé plusieurs fois dans l’atelier du sculpteur Robert Delnest.

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Ce Gille a la particularité de porter à la fois son chapeau à plumes d’autruche et son masque orné de lunettes et de moustaches à la Napoléon III. 
Dans la réalité, en 2019, le Gille qui sort le mardi gras porte soit son masque un court moment le matin, soit son chapeau uniquement durant le cortège de l’après-midi.
Le fait d’associer ces 2 attributs à la statue du Gille lui permet de garder l’anonymat.

 

Le Gille, roi du Carnaval de Binche, personnage emblématique n’a pas toujours eu l’apparence que nous lui connaissons à ce jour. Une évolution assez complexe qui s’est passée en plusieurs étapes et pendant des siècles a façonné le personnage qui se présente à nous aujourd’hui. Il est impossible de déterminer son âge ! 

EVOL 3

Bien que la première allusion au Carnaval de Binche date de la fin du XIVe siècle, il faut attendre le 11 Février 1795 pour qu’un Gille soit mentionné pour la première fois dans l’histoire du folklore binchois : « Il s’agit de François Gaillard qui en réaction à l’interdiction du port du masque, fait irruption lors d’une délibération de municipaux lors du Dimanche Gras, démasqué et habillé en habit de masque qu’on dit icy habit de Gille » (cité dans Samuel Glotz Ibid p30 « Références du document d’archives : AVB, Registre 71 des correspondances du district de Binche, fol. 17 r. et v.)

gilleLe mardi gras, jour unique pour sa sortie, le Gille, acteur principal du Carnaval est accompagné de diverses sociétés dites de fantaisie (marins, paysans, pierrots, arlequins). Tous offrent aux binchois et aux milliers de spectateurs étrangers (expression pour les binchois pour « définir » ceux qui ne sont pas de Binche) une manifestation folklorique unique.
Danser selon les rites et coutumes anciennes, partager cet événement avec tout un chacun, donner le sentiment à chaque participant d’être unique : le tout rassemblé fait dire aux habitants de la cité du Gille qu’ « Il n’y a qu’un Binche au Monde ».

Le Carnaval de Binche est bien plus qu’une fête populaire, c’est un patrimoine vivant exceptionnel, reconnu par L’UNESCO en 2003.

La statue du Paysan.

La statue inaugurée en 1961 et restaurée en 2011 est l’œuvre de l’artiste binchois Christian Leroy ( Charleroi 1931 – 2007). Ce monument est situé à Battignies, qui est un quartier de Binche.
20190622_134831[11326]Avant 1882, c’était une commune rurale à part entière quand elle fusionna avec Binche par la loi du 9 août 1881. Cette fusion ne fit pas la joie des habitants de Binche ni de ceux de Battignies, car pour les binchois , les « battignoles » restaient des « paysans ».
Ils chantaient à leur égard : « A Bacgnies, c’est tous des païsans, Quand is ont à mingie,
is sont toudis contents ».
Et la réplique était : « Vive Bacgnies, en bas lès Binchous! Jamais Bacgnies n’a reculé, n’a reculé » .
Et les binchois de renchérir : « Eièt nos diron d’jusqu’au bout du monde, Eièt les Binchous ne périront pas, Non, non m’fi non (bis), Eièt les binchous ne périront pas ».

Plusieurs vieux habitants de Battignies ont attesté cette chanson et l’ont gravée dans leur mémoire. Si bien que le jour de l’inauguration de la statue à la veille du Carnaval 1961, un habitant âgé de l’endroit « Léon L’heureux » chanta en dansant : « Vive Bacgnies, en bas lès Binchous! ».

La statue représente un autre personnage célèbre du carnaval de Binche : le Paysan.

La société royale « Les Paysans » a été fondée en 1930 au sein du Collège Notre-Dame de Bon-Secours. Le costume a été repris d’une société d’adultes de Paysans mentionnée en 1879, mais un changement important fut opéré. En effet, le masque, identique à celui du Gille, fut abandonné car, si pour les adultes, son port ne posait pas de problème, il n’était pas adapté pour les collégiens. Après une longue éclipse, grâce au souci du respect de la tradition, la coutume fut reprise et le masque réapparut.

L’artisan binchois qui élabore les masques des Gilles, Jean-Luc Pourbaix, a refabriqué ceux-ci, mais avec quelques différences : pas de moustache et ni de favoris !

paysan

 

Le Paysan est vêtu d’un pantalon blanc et d’un ample sarrau de toile bleu rehaussé de manchettes et d’un col blanc. Il est muni d’un ramon et son chapeau, posé sur une « barrette » et d’un « mouchoir de cou » est surmonté de deux plumes d’autruche et de longs rubans blancs. Il porte une gibecière remplie d’oranges. Ce groupe de fantaisie sort comme le Gille, le mardi gras.

La statue du Marin.

image_large-2.jpgLa statue en bronze du Marin a été inaugurée le 14 mai 2011 sur la nouvelle place du Pont-Martine, quartier de la ville de Binche. L’œuvre est née sous les doigts de l’artiste local Christophe Pourbaix. C’est peut-être à la vue de cette statue que soit revenue l’envie à certains Marins de « reprendre du service ». En effet la société avait disparu du Carnaval binchois depuis une trentaine d’années (1986).

Le personnage du Marin est apparu pour la première fois au Carnaval de Binche en 1877, année qui coïncide avec la date de composition de l’«Air des Marins» par Emile Deneufbourg, musique toujours inscrite au répertoire des airs traditionnels du Carnaval de Binche. A l’époque, ce sont des participants venus de Leval et de Mont-Sainte-Aldegonde qui revêtent la marinière, attirés par les primes attribuées par l’administration communale. Ces Marins disparaissent ensuite du folklore binchois.

En 1920, des Binchois décident de s’habiller en habit de Marin au Carnaval. Pourtant peu nombreux au départ, ils parviennent à créer une société. En 1922, le record de participants est de 160 Marins ! Dans les années 30, la société change la couleur du costume tous les ans, pour être dans une couleur particulière en 1939, le rose !

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Le 24 février 1951, S.A.R. Le Prince Baudouin, leur accorde, à la demande du Bourgmestre Charles Deliège, le titre de « société royale ». Après des années, malgré maintes apparitions et disparitions du Carnaval (notamment la dernière en date en 1986), les Marins réapparaissent de nouveau au Carnaval de Binche.

Le Marin danse le mardi matin au son de la viole, masqué d’un loup noir, portant dans la main une ancre en bois garnie de mimosa. L’après-midi, il porte ses oranges dans un panier métallique garni de satin blanc.
Enfants et adultes composent la société, les filles y sont acceptées jusque l’âge de douze ans.

D’autres statues ornent encore cette jolie ville. Vous les découvrirez, ainsi que leur histoire, dans un article suivant. Bonne lecture… et encore merci à Joëlle pour ses nombreuses recherches et pour la rédaction de ces lignes.

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