Cela se passe près de chez vous… Les Fêtes Romaines.

Des fêtes romaines à Waudrez, quels sont les hasards de l’Histoire qui justifient cela ?

Pour la simple raison que cette entité est bâtie sur un site archéologique  important datant de cette époque et qu’ un musée consacré à la vie gallo-romaine y est implanté. Il s’agit du Site de Vodgoriacum, berceau de la ville de Binche.

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Le commencement.

« C’est grâce à un livre d’histoire locale que j’ai entrepris les premières fouilles. C’était au domaine de Clerfayt en 1969 avant d’arriver au cœur du vicus romain de Waudrez », nous confia Philippe Dekegel, président et fondateur du musée.

« J’habitais Houdeng et j’étais étudiant dans le domaine technique. Ma mère, soucieuse de ma réussite, m’envoya étudier au Château de Clerfayt à Waudrez auprès des Pères du Sacré Cœur. Pour apprendre ma matière correctement, je me suis retrouvé, seul, au calme au premier étage de ce grand bâtiment inoccupé.

Le soir, le Révérend Père Valère et moi, nous nous promenions autour d’un grand étang. Le domaine était infesté par des « rats musqués ». Aussi, j’avais reçu un fusil et j’avais comme mission d’exterminer ces hôtes indésirables. Un soir, je pris mon « arme » et je suis parti effectuer ma tâche. La chasse fut très bonne ! A la lueur sombre de la nuit, j’apercevais un mouvement ! Un rat ! Et vite je tirais ! Un autre mouvement, à nouveau un rat et vite, je tirais ! Je ne sais plus le nombre de fois que j’ai tiré, mais c’était beaucoup !

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Le lendemain, je fus appelé par le père supérieur qui m’a réprimandé et non félicité pour mon exploit. J’appris alors que j’avais tiré, non pas sur des rats, mais sur les nombreuses carpes de l’étang et elles étaient toutes mortes!  En punition, je reçus le livre «Un village inconnu…Waudrez, l’ancien Vodgoriacum des Romains.» et j’étais obligé de le lire! Ce fut le « déclencheur « de ma passion pour l’archéologie car 15 jours plus tard, j’entreprenais les fouilles sur le site de brûle (bruile) à Waudrez près du Château de Clerfayt, uniquement avec une pelle et une truelle ! » 

 

Un peu d’histoire.

A deux kilomètres du centre de Binche, dans le Hainaut, en Belgique, Waudrez (en wallon Adreû) est un petit village où des fouilles archéologiques ont permis de mettre à jour un « Vicus » (une agglomération romaine importante qui servait de relais, d’échanges,…).

Tout commence en 1853 quand un fermier qui labourait son champ découvrit des vestiges antiques. Ce fut seulement en 1952 que le Service National des Fouilles entreprit des recherches scientifiques dans les prairies de la campagne Waudrézienne.

En 1957, de nouveaux vestiges furent découverts à la surface d’un champ et ceux-ci intéresseraient Dominique de Gennaro de Mons. Il y trouva « une petite cave à fond plat ». Il la baptise «Fosse Gallien», du nom de l’empereur à l’effigie duquel deux monnaies y figuraient ».

Quelques années plus tard, grâce à l’intervention de Philippe Dekegel, Président fondateur du Cercle Archéologique de Waudrez, toutes les informations, les plus importantes découvertes, l’ouvrage du Rd.P. S. GOOVAERTS «Waudrez, l’ancien Vodgoriacum des Romains»,.. sont enfin regroupés et confiés au Cercle Archéologique de Waudrez ». Le «Club de Recherches archéologiques du domaine de Clerfayt sur Bruille » voit ainsi le jour.DSC06459

Dans les années 1970, les premières fouilles ont mis au jour – outre de nombreuses céramiques, des pièces de monnaie, des tuiles, des bijoux, etc. – une nécropole ainsi qu’une série de tombes datées de 65 à 150 après J-C. « Nous avons également trouvé une ancienne auberge ainsi qu’un puits de douze mètres de profondeur où nous avons trouvé un moellon gravé d’un dessin enfantin et baptisé «Kik» », explique Philippe Dekegel.

 

Les bénévoles du « Club » passionnément intéressés par les travaux de recherches reçoivent des cours d’initiation à l’archéologie et aux activités connexes. En 1977, le « Cercle Archéologique de Waudrez »(CAW) prend naissance.

De 1976 à 1978, grâce au travail accompli, au fruit de différentes recherches, aux multiples investigations, à la prospection aérienne, l’emplacement de l’antique village gallo-romain Vodgoriacum a été localisé de manière précise.
En Août 1989, le site de Vodgoriacum de 75 hectares fait enfin l’objet d’un classement mais, à ce jour, seuls 17 ares de terrain ont été fouillés !

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En 1994, le « Cercle Archéologique de Waudrez » (CAW) prend définitivement le nom de asbl « STATIO ROMANA ». Le «Kik», cette pièce unique est devenue, non seulement le symbole de l’ASBL, mais aussi l’emblème du musée.

Vingt-trois campagnes de fouilles ont été exécutées, après quoi l’association s’est tournée vers la réalisation de publications scientifiques concernant les découvertes archéologiques réalisées.

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La reprise des fouilles commence à s’envisager mais malheureusement en 2016, le site et le musée ont été inondés et par conséquent la reprise possible des fouilles a été reportée plus tard.

A ce jour, grâce au travail important de tous les bénévoles, le musée est de nouveau accessible.

Le site de Vogdoriacum.

Bienvenue sur le vicus de Vogdoriacum ou vogo Dorgiacum.

L’étymologie est incertaine :

  • Soit : « Il serait la contraction de « Vogo Dorgiacum », venant lui-même de « Vicus Dorgiacum ». On reconnaît le mot « vicus » (village) et le suffixe « -acum » (propriété de…), mais pas le nom central « Dorgi ». Waudrez signifierait alors : « Le village qui est la propriété de … ? ».
  • Ou alors : Une autre tentative d’étymologie qui décompose le mot latinisé en «vogdo» (princesse) et «acum» (ruisseau) pour justifier la présence de ce cours d’eau dans le village. Vogdoricum signifierait dans ce cas « Le ruisseau de la Princesse ».
  • Une troisième hypothèse, qui serait la plus probable, est également avancée. Les Nerviens occupaient déjà notre territoire avant les romains. Ainsi, selon Lettelier, Vodgoriacum résulterait de la latinisation d’un nom celtique plus ancien : – la terminaison « iacum » viendrait de « ac » signifiant le lieu, l’endroit ; -« Vodgor » serait composé de « vod« , le combat et de « gor« , l’étendard. Dans son ouvrage, le Révérend Goovaerts souligne que la plupart des auteurs ont lu en « iacum » l’idée d’un lieu et, comme les Nerviens allaient au combat précédés d’étendards, il préfère cette théorie. Vodgoriacum serait « le lieu des étendards de guerre. »

C’est grâce à la « Table de Peutinger » (ancêtre de la carte routière) et « l’Itinéraire d’Antonin » que le toponyme antique permettant le lien de parenté historique entre Waudrez et Vodgoriacum fut approuvé et demeure incontesté.

Le « vicus » qui se trouvait à 30 km de Bavai en France (Bagacum), soit à une journée de marche, était la première étape obligatoire pour les messagers, les légionnaires et les commerçants qui venaient y écouler des marchandises ramenées de Rome et de la Péninsule.
Son développement s’est effectué sur une plus ou moins longue période ; on y a exhumé des pièces de monnaie estampillées entre 10 av. JC et 347 après J.C., mais aussi des céramiques fines, des jeux, des parures, des amphores, des outils et des ossements.

Le Musée Gallo-Romain.

« A force de travaux, de patience et de beaucoup de volonté, le musée gallo-romain est devenu le lieu que l’on connaît aujourd’hui », confie Philippe Dekegel, directeur et président de l’ASBL.

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En 1978, la Ville de Binche met à la disposition de l’association un petit bâtiment à la rue de Clerfayt à Waudrez et c’est en mai 1980 qu’un musée provisoire fut créé par Philippe Dekegel. On pouvait y découvrir le fruit des recherches archéologiques menées par Dominique GENARD et les premières découvertes du « Club de Recherches archéologiques du domaine de Clerfayt sur Bruile ».

En 1980, Léon Durant, un fermier de la région donna à l’association sa fermette du XIXème siècle, très bien située au centre même du vicus de Vodgoriacum. En 1990, l’asbl STATIO ROMANA devient propriétaire de l’entièreté de la propriété, suite au décès de son généreux donateur.

Après la rénovation d’une partie des bâtiments, le 9 mai 1987 a lieu l’ouverture officielle du Musée Gallo-Romain.
Grâce à ce musée, nous plongeons deux mille ans dans le passé et nous pouvons y découvrir les us et coutumes des romains qui vivaient dans nos régions.
La visite commence par la présentation du site de Vogdoriacum, de ses fouilles, des découvertes archéologiques, etc.

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Des pièces de monnaies, des poteries, des parures, des amphores, des outils et des ossements sont exposés dans des vitrines.

Dans d’autres, sont rangés des céramiques remarquables, plusieurs vases en terra nigra, une importante batterie de cuisine en céramique sigillée (qui possède le sceau du potier qui l’a fabriquée), un seau de Bavay ou encore un jeton gravé imitant une monnaie.

Très didactiques, ces vitrines thématiques démystifient l’art de vivre de toute une population et ce, grâce aux objets exposés, aux explications très claires, aux dessins, etc.
Une tombe reconstituée contenant des urnes funéraires atteste des crémations chez les romains.

Une partie de toiture romaine a été refaite à l’identique, ce qui nous permet de découvrir les matériaux de construction de cette époque.

by Antoine-Francis Sergent-MarceauDans la partie du musée consacrée au « Centre d’interprétation de la chaussée romaine », l’exposition permanente est consacrée à tous les aspects de cette voie historique. Nous avons appris que le nom réservé à plusieurs chaussées romaines est dû à la Reine Brunehault d’Austrasie (534-613) qui est à l’origine de leur réfection.

L’exposition a pour objet de présenter et de promouvoir la Chaussée romaine Boulogne-Bavay-Tongres-Cologne au long de laquelle le site de Vodgoriacum était idéalement situé, traversé par le ruisseau de La Princesse. Une série de panneaux explicatifs y informent sur divers thèmes.

De plus, unique en Belgique, le musée expose une copie d’un parchemin à l’échelle 1/1 (de 6,80 m sur 36 cm) représentant l’entièreté de la « Table de Peutinger, c’est à dire plus de 200 000 km de chaussées romaines. 

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Coupe de ce parchemin représentant notre région

Nous avons eu la chance d’accéder au premier étage où un laboratoire de céramologie est aménagé (il n’est pas toujours accessible).

Monsieur Philippe Dekegel nous informe qu’à l’avenir il y aura des conférences dans leur nouvelle salle aménagée à cet effet.

Les activités de l’association Statio-Romana.

« Développé sans aide extérieure, hormis une reconnaissance comme site archéologique, le musée doit sa survie aux festivités organisées aux alentours du 15-21 août. En attendant une reconnaissance, un jour peut-être à l’échelle européenne ».

Si vous souhaitez faire un bond de 2000 ans en arrière dans le temps et participer à ce que fut la vie des romains en ce temps-là, venez découvrir « les fêtes romaines » sur le site de Vodgoriacum (Waudrez) le 18 août 2019 dès 10h.

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Evidemment, vous visiterez le musée et des expositions.

Vous découvrirez un marché romain,  riche de produits artisanaux mais surtout la dégustation et la vente des produits issus exclusivement de l’Empire et de Vodgoriacum :

« Statio Romana ASBL » proposera un petit biscuit craquant, baptisé Cookik, en hommage au Kik, le fromage de Vodgoriacum affiné à la cervoise, l’Hydromel « Bagacum-vodgoriacum » en bouteille de 75cl, la cervoise blonde en 33cl, etc.

Combats de gladiateurs, vente d’esclaves, ateliers d’ archéologie et de mosaïques ainsi que diverses activités romaines seront proposées au public.


Petite restauration, barbecue, foie gras….vous seront également proposés.

 

Bon à savoir.

Des visites guidées sont possibles toute l’année sur réservation pour des groupes de 15 personnes au minimum. La durée de la visite est d’environ 2h30.
Elle comprend :
• un montage audio-visuel
• le chantier des fouilles
• les salles du musée gallo-romain
• le laboratoire de céramologie
• le centre d’interprétation de la chaussée romaine.

Diverses publications sont en vente au Musée Gallo-Romain de Waudrez :

  • GOOVAERTS, Rvd Père S., «Un village inconnu…Waudrez, l’ancien Vodgoriacum des Romains», Binche, 1933.
  • STATIO ROMANA ASBL, «La chaussée romaine», Waudrez, 1995.
  • Et bien d’autres encore…
    Références

Et pour d’autres idées d’escapades en Wallonie, n’hésitez pas à cliquer ici.

Merci à Philippe Dekegel, président et Fondateur du Musée, pour ses explications, sa disponibilité et les améliorations apportées au texte.

Merci à Joëlle et à Françoise D. pour la rédaction de cet article ainsi que pour les photos qui l’illustrent.

 

 

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