Quelques explications à propos… des antonomases.

Avez-vous déjà entendu parler des antonomases? Ce mot vous parait peut être rébarbatif, cependant, vous en usez et abusez tous les jours sans même vous en douter. Kesako?

D’après le dictionnaire, une antonomase est tout simplement : « Une figure de style consistant à remplacer un nom commun par un nom propre ou inversément. (Du grec antonomasia, de anti, à la place de, et onoma, nom).

Petits rappels avant de poursuivre :

questions-1922476__480Un nom commun désigne soit une chose, un animal, une personne, en général ou individuellement, soit des êtres et des objets d’une même espèce. Généralement, il est précédé d’un déterminant (le, la, une, un, des, etc.) et il commence par une lettre minuscule. Exemples : Le pain, le riz, la farine, une femme, des hommes, etc.

Exceptions : certains noms communs s’utilisent sans déterminant

  • dans certains proverbes : « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. » Jean de La Fontaine.
  • dans les énumérations : « Jonquilles, jacinthes et tulipes fleurissent la classe. »

watercolour-2168706_1280Un  nom propre désigne un seul être ou objet, ou bien une seule catégorie d’êtres ou d’objets. En général, il n’est pas précédé d’un déterminant et il commence par une lettre MAJUSCULE. Exemples : Molière, Van Gogh, etc.

Exceptions : certains noms propres nécessitent des déterminants

  • les noms de peuples : les italiens, les belges, les français, etc.
  • les noms géographiques : les Alpes, les Pyrénées, etc.
  • les noms de certains monuments : l’Arc de Triomphe, l’Atomium, la Tour Eiffel, etc.

Historique :

Nos ancêtres utilisaient des antonomases depuis bien longtemps déjà. Des mots anciens tels que :

  • truie (XIIe siècle) remonte étymologiquement à Troie,
  • dinde (début XVIIe) est issu de poule d’Inde,
  • renard (milieu XIIIe) est tiré du nom propre masculin Renart.

Aujourd’hui encore, les antonomases sont encore bien présentes dans le langage courant. De très nombreux mots français, aussi bien les noms que les adjectifs et les verbes, tirent leur origine de noms propres de lieux ou de personnes, réels ou imaginaires.

Différents cas d’antonomases :

Les antonomases nées d’une personne : les éponymies.

Le plus souvent, il s’agit du nom de famille de l’inventeur de l’objet. Parfois, c’est plutôt le nom d’un personnage fictif tiré d’une œuvre littéraire, théâtrale, cinématographique ou tout simplement, de la mythologie.

  • La sauce Béchamel : Louis de Béchameil (1630-1703), financier devenu Maître d’Hôtel du Roi Louis XIV, semble être le créateur de cette fameuse sauce blanche.
  • Don Juan : Dom Juan est le personnage principal d’une célèbre pièce de Molière. Depuis lors, ces mots désignent un « séducteur, le plus souvent libertin et sans scrupules », pour reprendre les termes de l’Académie Française.
  • Les unités de mesures et la botanique sont deux domaines où les noms propres sont les plus utilisés pour dénommer une nouveauté :

2. Les antonomases nées d’une marque.

Lorsqu’une marque invente un objet ou lorsqu’elle détient un quasi-monopole sur sa vente, le nom donné à ce dernier ou le nom même de la marque, finissent par servir à désigner cet appareillage.

  • Un Caddie : Logiquement, il faudrait dire « un chariot libre-service » ou un « chariot de supermarché ». Le célèbre Caddie a été créé par l’entreprise française éponyme voici plus de 50 ans. Il est passé dans le langage courant car, dans les années 1980, la marque bénéficiait d’un quasi-monopole sur le marché de tels chariots.
  • Une fermeture Eclair : Il faudrait l’appeler fermeture à glissière ou zip (utilisé dans les Pays Anglo-saxons en référence au bruit que produit la glissière lorsqu’on l’actionne). C’est un inventeur suédois installé aux Etats – Unis qui a breveté cette invention juste avant la première guerre mondiale. Le terme « fermeture Eclair » est une marque déposée depuis 1924 par la Société Eclair Prym.

3. Les antonomases nées d’un lieu.

Le nom donné au produit est issu des noms de villes, de villages, de régions, de terroirs, etc. Au fil du temps, l’usage répété du nom propre donna naissance à un nom commun. Parfois même, l’origine de celui-ci fut oubliée mais une recherche étymologique permet de la retrouver.

  • Quelques exemples parmi de très nombreux : un Cognac, un Bourgogne, un Camembert, du Gouda, etc.

Pour vous amuser, quelques noms propres devenus communs.

  • Américain : L’Amérique et les Américains tiennent leur nom d’un personnage plus ou moins célèbre Amerigo Vespucci ( 1454-1512).

thMRZBUKVMLes découvertes de ce navigateur se réduisent en gros à des récits de voyage qui semblent relever de l’affabulation, en particulier, une lettre intitulée Mundus Novus (Le Nouveau Monde) publiée en 1504. Il y décrit son périple en Amérique du Sud jusqu’au détroit Magellan, mais on ignore où se situe la vérité et quels voyages il a réellement effectués. En 1507, un certain Martin Waldseemüller, géographe, est censé dessiner la carte du Nouveau Monde pour un ouvrage. C’est lui qui décide de baptiser « Americus » ou « America », les contrées découvertes par Amerigo Vespucci, d’après ce que ce dernier a prétendu dans ses fameuses lettres.

  • Et Christophe Colomb (1451-1506) dans tout cela? Il a juste eu droit à donner son nom à la Colombie, mais il faut dire que jusqu’à sa mort, il a cru avoir découvert, non pas l’Amérique, mais les Indes !

 

  • Bluetooth : C’est une technologie qui rend possible l’échange de données entre différents appareils sans avoir besoin de les relier par des câbles, c’est ce qui permet la connexion sans fil. Pourtant, et rares sont ceux qui le savent, Bluethooth est le nom d’un personnage historique.

man-1706964_1280C’est le surnom d’un viking ayant vécu au Xe siècle, de son vrai nom Harald Ier du Danemark (910-986). Avait-il  comme dentition des chicots pourris ou consommait-il de nombreuses baies qui lui coloraient la bouche, nul ne le sait !  Cependant,  il a été appelé « Harald Blatoon » en Danois, « Blue Tooth » en Anglais, autrement dit : « Harald à la dent dure bleue ou peut-être même noire » !

C’est Jim Kardach, ingénieur chez Intel qui, en discutant avec un certain Sven, travailleur chez Ericsson – firme créatrice de la connexion sans fil- a pris connaissance de l’existence de ce fameux roi unificateur du Danemark et de la Norvège, qui a eu l’idée d’y faire référence. En effet, cette technologie, inventée en Suède, pays scandinave, permet de relier les appareils entre – eux tout comme Harald Ier avait réuni les deux pays. D’ailleurs, le logo de ce système mondialement connu reprend les initiales de Harald Blatoon.

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  • Chateaubriand : C’est un morceau de viande bovine de deux à quatre centimètres d’épaisseur, découpé dans le filet. Il doit son nom à l’écrivain français François-René de Chateaubriand (1768-1848) dont le cuistot Montmireil avait mis au point une recette dite « à la Chateaubriand » pour accommoder cette pièce. Il farcissait cet épais morceau de bœuf d’un mélange à base d’échalotte et de moëlle avant la cuisson. Le nom a désigné la préparation mais aussi, par extension, le morceau utilisé.
  • Dobermann : Ce canidé doit son nom à l’éleveur Karl Friedrich Ludwig Dobermann (1834-1894) qui a mis au point cette race en procédant à des croisements judicieux. Cet homme exerçait la double fonction de collecteur de taxes chez les propriétaires de chiens et d’agent de fourrière pour attraper les animaux errants. Ce chien ainsi créé était suffisamment dissuasif pour éviter à son maître de se faire dépouiller de l’argent des taxes et assez puissant pour rattraper, d’un seul coup de mâchoire, les autres chiens affamés qui rôdaient dans les rues.

 

  • feedback-2990424_1280Espéranto : Même s’il n’est pas le premier langage construit en vue d’être universel (de nombreuses tentatives le précèdent), l’Espéranto en est le plus célèbre et utilisé par près de 10 millions de personnes surnommées les « espérantistes« . Ce langage ne doit pas directement son nom à celui de son inventeur Ludwik Lejzer Zamenhof (1959-1917) mais au pseudonyme « Docteur Espéranto » sous lequel ce dernier publia , en 1887, son manuel « Langue Internationale ».

Références utilisées pour rédiger cet article  :

Outre les références reprises tout au long des phrases,

3198379« Quand un nom propre devient commun », Gilles Vervisch & Olivier Talon, Ed Bibliomnibus, 2016.

https://www.levif.be/actualite/actions/livre-quand-un-nom-propre-devient-commun/game-normal-520053.html

Antonomases : quand les noms propres deviennent communs

Antonomase : définition simple et exemples | Figure de style

Si vous restez sur votre faim, consultez les références indiquées ci-dessus ou demandez-nous un autre article qui regorgera d’exemples. Bonne lecture et merci à Joëlle pour ses idées. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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