Cela se passe près de chez vous… Exposition « De Lin et De Laine » au Musée de Mariemont.

C’est dans le musée ayant pour écrin le très beau Parc de Mariemont, que se déroule depuis le 9 février et jusqu’au 26 mai prochain, la magnifique exposition qui s’intitule « De Lin et De Laine ». Elle permet au public d’admirer de superbes textiles égyptiens du premier millénaire. Le Parc, véritable oasis de verdure parée des couleurs du printemps, a été classé « Patrimoine préféré des Wallons », dans la catégorie « Espace de Vie » le 24 janvier dernier et mérite, à lui seul, le détour.

La journée, organisée par une revue bien connue de la gent féminine, a débuté par une visite guidée à travers le musée, visite ayant pour thème : « Je n’ai rien à me mettre : dressing de l’Antiquité ». Il s’agissait de nous faire comprendre, par ce biais, le rapport au corps et à « la mode » durant l’Antiquité, quelle soit grecque, romaine ou autre.

A cette époque, seuls les dieux étaient parfaits et pouvaient être représentés nus. Les hommes et les femmes surtout, étant imparfaits puisqu’ils sont mortels, devaient être vêtus. Pour représenter les dieux, les statues masculines étaient dévêtues. Par contre, les déesses étaient revêtues des seuls vêtements de l’époque, à savoir une tunique longue ou courte, en fonction de leurs « activités »: courte pour faciliter les courses dans la forêt pour Diane Chasseresse, longue pour protéger les jambes de Minerve la Guerrière.

exnona8Toute la population, hommes, femmes, enfants, esclaves affranchis, portait la tunique tissée en lin. Parfois, un manteau ou une sorte de châle étaient portés en sus pour avoir plus chaud. Ces accessoires étaient attachés par des fibules, sorte d’épingles, les empêchant ainsi de glisser.

e6ce510e8b6b83d4Si les vêtements étaient très simples, les accessoires destinés à se parer et éventuellement à séduire étaient nombreux. Sur certaines statuettes qui nous sont parvenues de ces temps anciens, des boucles d’oreilles, des bracelets de bras et de cheville, sont encore présents. Réalisés en or et toujours rutilants,  ces bijoux prouvent l’existence du souci de paraitre, d’être présentable et attestent surtout d’une réelle recherche de beauté et d’esthétique.

6436cf49a8.jpgAutre moyen de séduction omniprésent dans les classes aisées : les parfums. Véritables signes extérieurs de richesse, certains étaient composés d’essences lointaines dont le Nard, issu d’une plante de l’Himalaya et complétaient à merveille les vêtements. Chez les égyptiens, une couronne de parfum gras était portée sur la perruque, très prisée à l’époque, et la chaleur environnante le faisait fondre doucement en répandant des effluves agréables autour de la personne.

Autre souci majeur, conserver une peau blanche au moyen notamment du blanc de céruse à composante de plomb, qui pouvait entrainer le saturnisme ou même mener au décès.

Pour sculpter leurs corps, les hommes fréquentaient le gymnase. Les femmes portaient grande attention à leur coiffure généralement très sophistiquée et la découverte de miroirs d’époque en métaux polis laisse imaginer le soin qu’elles mettaient à se parer et à contempler leur image.

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L’exposition « De Lin et de Laine » révèle plus précisément le rapport de l’Homme à l’étoffe et embarque les visiteurs au cœur des foyers égyptiens où contrairement à ce que certains pensaient, le recyclage et la récupération étaient des sujets d’actualité au premier millénaire déjà!

Les tissus exposés proviennent de la Collection Fill- Trevisiol, deux mécènes passionnés par les étoffes et leur tissage, qui les ont généreusement cédés à la Fondation Roi Baudouin en 2015.  Mis en dépôt au Musée de Mariemont pour leur étude et leur valorisation, ils permettent aux visiteurs d’aller à la rencontre des artisans égyptiens ou coptes du premier millénaire. « Coptes » venant de « Qibti », étant à cette époque le nom donné par les conquérants arabes à TOUS les égyptiens sans distinction de confession alors qu’actuellement il fait exclusivement référence à la communauté des chrétiens d’Egypte.

Dès l’entrée, une jeune mascotte nous accueille. Il s’agit de Zoïlos, inspiré du motif d’une stèle funéraire d’un enfant d’environ deux ans prénommé de cette façon. Il porte la tunique unisexe en lin comme la plupart des égyptiens de son temps et tient une amulette sensée le protéger dans l’au-delà.

Nous connaissons tous les images de momies de l’élite égyptienne, entourées de bandelettes, parfois recouvertes de cartonnages ou de papyrus permettant d’y peindre de somptueux décors. Souvent, un sarcophage préservait l’ensemble.

Cependant, vers le 3ème siècle, ces traditions vont peu à peu se perdre pour faire place à l’utilisation plus simple de linceuls. Le défunt était emmailloté dans sa tunique habituelle, voire dans plusieurs vêtements du quotidien, puis dans plusieurs linceuls décorés ou non ou dans ses propres tissus d’ameublement (rideaux, tentures).

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Fresque en mosaïque représentant un intérieur antique décoré de tissus et dans la vitrine, des tissus d’ameublement retrouvés autour des défunts.

Pour donner à l’ensemble une certaine forme anthropoïde, des tissus de rembourrage pouvaient être insérés. L’ensemble était maintenu en place par de fines et longues bandelettes vierges ou décorées. En fonction des moyens économiques du défunt et de sa famille, un matelas rembourré et des coussins placés sous la tête et les pieds du défunt pouvaient assurer un certain confort supplémentaire.

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Si les tuniques étaient généralement en lin tissé fin, matière récoltée dans la vallée du Nil et très agréable à porter, elles pouvaient également être plus épaisses, tissées selon un procédé de bouclettes qui permettaient aux habitants des régions un peu moins chaudes de ne pas souffrir du froid. Comme la teinture de cette matière était relativement difficile, elle était utilisée le plus souvent dans sa teinte naturelle (crème). Le coton était également connu mais moins utilisé parce que sa fabrication nécessitait énormément d’eau, ingrédient rare et couteux en Egypte.

IMG_20190322_160904La laine, matière malodorante, parasitée et remplie d’impuretés, n’était pas utilisée en Egypte. Mais les Grecs (4è siècle Avant J.C.) et les Romains (1er siècle avant J.C.) introduisent son usage pour la confection de leurs propres vêtements et initient les Egyptiens à sa préparation (nettoyage, rinçage, filage, coloration). Dès lors, les étoffes des Egyptiens se parent de jolies couleurs obtenues généralement via les végétaux comme la garance pour le rouge, le réséda pour le jaune, le brou de noix pour le brun-noir, les feuilles d’indigotier pour le bleu. Le pourpre, couleur réservée aux empereurs ou à l’élite, était plus rare et plus onéreux car tiré d’un mollusque (Murex).  Parfois, pour donner l’illusion du violet pourpre, un fil bleu et un fil rouge étaient tissés ensemble.

Suite à l’arrivée de la laine et des couleurs, les tuniques s’ornent de motifs divers placés symétriquement sur l’endroit et sur l’envers. 

IMG_20190322_160750 Comme illustré sur la fresque ci-dessus, les tuniques se parent de plastrons d’encolure, d’éléments de forme quadrangulaire (tabula) ou circulaire (orbiculus) situés aux épaules et/ou aux genoux. Des galons peuvent orner les manches. Sans oublier les longues bandes (clavi) partant des épaules ou décorant le bas des vêtements. Sur certaines tuniques exposées, certains raccommodages et/ou certaines consolidations sont parfaitement visibles, signes certifiant que les tuniques étaient utilisées longtemps et transmises de petit frère en petite sœur. Une étude a démontré que, sur une vie, un maximum de 10 tuniques étaient portées, avec une moyenne plus probable de trois à cinq pour une même personne. Pour enfin, être inhumée avec la dernière portée ! Comme noté au début de l’article, recyclage et récupération n’étaient pas de vains mots !  Des sandales du genre tongs étaient les chaussures habituelles. Pour protéger des pieds lorsqu’il faisait plus froid, un genre de chaussettes adaptées pouvaient être réalisées au moyen d’une seule aiguille, un peu comme nous utiliserions le crochet actuellement. Un tel élément très coloré est visible dans les vitrines.

Les tissus étaient pour la plupart tissés au domicile, dans le gynécée, partie réservée aux femmes, sous la direction de la responsable du foyer. Un métier à tisser ainsi que divers accessoires étaient présents pour faciliter la tâche des fileuses, des tisserandes et des « brodeuses » comme ceux trouvés dans la tombe d’une de ces dernières, découverte il y a quelques temps.

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Aiguilles à l’avant plan droit , ensuite navette à tisser, fuseaux suivis du peigne et à gauche, on devine les forces ou ciseaux.

La dextérité des Egyptiens pour le tissage fut telle que lors de la conquête arabe, ces derniers maitrisant pourtant la technique, ont fait réaliser, dans un premier temps, leurs tissus par les coptes !

Les textiles d’ameublement, tentures, rideaux, nappes, coussins, couvertures, suivent la même tendance que les tuniques. La laine est utilisée, les couleurs éclatent, les motifs sont variés. La technique de la « trame volante », genre de point de broderie, permet la réalisation de décors d’une finesse infinie. Y sont fréquemment représentés : des animaux fantastiques, des fruits, des cavaliers, des personnages mythologiques, etc.

IMG_20190322_160640Il y aurait encore mille et une choses à dire tant l’exposition regorge de trésors. Venez y faire un tour mais, petit conseil, prenez un guide (le dimanche 5 mai à 11h et à 14h et le dimanche 12 mai à 14h) pour éviter de passer à côté de renseignements plus qu’intéressants. C’est un conseil de Zoïlos qui sera très heureux de vous présenter la vie dans son village à son époque.

Une nocturne est également programmée pour le samedi 25 mai de 18 à 23 heures. Le thème est « le textile à travers les collections du musée ». De multiples activités sont prévues dont la découverte des textiles japonais, un atelier pour déterminer les couleurs qui vous mettent en valeur, des visites décalées des collections, la visite de l’exposition, etc.

Et même si l’Art n’est pas votre tasse de thé, venez profiter du printemps dans le merveilleux Parc de Mariemont, vous ne serez pas déçus. Bonne promenade sous le soleil !

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Références utilisées pour la réalisation de cet article : Catalogue de l’exposition et notes prises durant les deux visites guidées.

 

 

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