Quelques explications à propos… Des Santons.

 

La fête de Noël est toute proche et avec elle, nous saluons le retour de nombreuses traditions bien spécifiques aux différents pays ou même à chaque région.

C’est pourquoi, en Hainaut, depuis quelques semaines, les comptoirs des boulangeries croulent sous les « cougnous » qui, dorés et moelleux à souhaits, régalent adultes et enfants, dès le petit déjeuner. Les 24 et 25 décembre, en région liégeoise, ce seront les « boukètes » , grosses crêpes de farine de blé et de sarrasin, agrémentées de raisins secs de Corinthe qui raviront les gourmands.

Cependant, une autre tradition, bien ancrée et universelle celle -là, est celle de la crèche qui fait la part belle aux santons. Mais d’où viennent ces personnages variés? Quelle est leur histoire? Comment se sont-ils retrouvés dans nos foyers?

L’origine de la représentation de la Nativité remonte au IIème siècle, des fresques de cette époque  ayant été retrouvées dans certaines églises italiennes. Mais il faudra attendre le VIème siècle pour que des personnages ( Marie, Joseph, Jésus, l’âne et le bœuf) apparaissent dans l’Eglise Sainte Marie de Rome.

St_François_2C’est à Saint François d’Assises, patron des santonniers et des animaux, que l’on doit, selon la légende, la première crèche vivante au 13ème siècle. Il espérait, par ce moyen, amplifier la dévotion des paroissiens dont il trouvait la Foi un peu trop « endormie ». Les rôles étaient interprétés par les gens du village réunis dans une grotte, à Greccio en Italie. Suite au succès remporté par cette nuit solennelle et splendide, l’expérience a été renouvelée et s’est propagée hors des frontières, les personnages ayant été remplacés, au cours du temps, par des statues de bois, de cire, etc.

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L’appellation « crèche » découle du mot « krippia » qui désignait une mangeoire pour animaux dans laquelle Jésus aurait été déposé. Par extension, l’étable et les personnages s’y trouvant sont désignés par le même mot.

C’est la Révolution française de 1789 qui a été le point de départ de la création des santons. En effet, dès 1792, les églises furent fermées  et la pratique de la messe de minuit interdite, dans le but de briser l’influence des prêtres très instruits sur la population. Les croyants étant dans l’impossibilité de se recueillir devant les crèches jusque là présentes exclusivement dans les églises eurent l’idée de fabriquer des personnages pour recréer l’ambiance de Noël dans l’intimité de leur foyer. Ils les firent petits pour qu’ils puissent être rapidement rangés en cas de contrôle des milices républicaines. Comme il furent initialement créés en Provence, ils prirent le nom de « petits saints » ou « santouns » en provençal.

Fabrication des santons.

Au début de leur existence, les santons étaient fabriqués avec ce que les gens avaient sous la main : du papier mâché, de la mie de pain, de la cire, du bois, du plâtre, etc.

C’est en 1798 qu’un marseillais nommé Jean-Louis Lagnel , en se promenant dans la campagne, trouva que la terre attachée à ses chaussures semblait idéale à travailler. Il l’utilisa pour créer des santons, personnages inspirés de ses voisins, en argile non cuite.

image1[6595]Puis, il eut l’idée géniale de fabriquer des moules permettant la cuisson de ses créations, dont certains exemplaires sont encore visibles chez le santonnier Marcel Carbonel à Marseille. Le santon provençal tel que nous le connaissons encore actuellement était né.

Les santonniers actuels reproduisent la méthode. L’argile est soigneusement tassée dans un moule en plâtre de Paris qui permet la cuisson, ensuite le personnage en est sorti et ébarbé pour ôter les éventuelles bavures puis, soit il mis en vente à l’état brut pour ceux qui se sentent « artistes peintres » dans l’âme , soit il est coloré par des mains expertes.

Pour le même modèle, plusieurs dimensions sont disponibles, allant du « santon puce » au santon de 15 cm. Les crèches familiales sont le plus souvent composées de personnages de 7 ou de 9 cm mais parfois, dans les petits intérieurs, les « santons puces » sont préférés.

Composition des crèches.

image_8409.jpgEn 2006, petite révolution à Aubagne où le santonnier Daniel Coulomb a créé la Vierge enceinte, appelée « Vierge de l’Avent », qui prend place dans la crèche avant la Nativité. Son idée a été reprise par trois autres santonniers dont Arterra.

Aux côtés de Marie, Joseph, Jésus et le berger, personnages initiaux de la Nativité, sont venus s’ajouter de nombreux compères représentatifs, soit des croyances chrétiennes bien ancrées dans le cœur des Provençaux, soit des petits métiers exercés par les voisins des santonniers. C’est ainsi que nous pouvons admirer l’ange debout, messager de Dieu ainsi que l’ange à la trompette ou ange boufarèu qui guide les bergers vers la crèche, sans oublier le ravi, personnage un peu simplet dont les deux bras levés traduisent son émerveillement devant le nouveau – né.

Le tambourinaire, la poissonnière au verbe haut, la gardeuse d’oie, le meunier et le pêcheur y figurent fréquemment aussi.

Les métiers plus typiques à la Provence sont très souvent mis à l’honneur . C’est ainsi que l’on peut  découvrir les cueilleurs d’olives, de lavande et les maraîchers.

La Camargue avec ses chevaux légendaires, ses taureaux, ses gardians et ses Arlésiennes est magnifiquement représentée. Les gens du voyage (gitans, bohémienne danseuse, montreur d’ours) ne sont pas oubliés. Il est vrai qu’ils arrivent par milliers aux Saintes Maries de La Mer les 24 et 25 mai pour rendre hommage à Sainte Sara, leur Sainte patronne, servante noire des deux Maries. Cependant il est intéressant de savoir que la bohémienne est une pionnière de la crèche dans laquelle elle figure depuis 1820. Elle est le « symbole de la Provence, terre d’accueil ».

Si les « santons doubles » ont fait leur apparition, ils sont moins nombreux que les simples. Parfois, ils sont accolés, parfois ils se complètent. Leurs attitudes ont été réfléchies et travaillées comme celles des deux personnages plus âgés, courbés pour lutter contre le Mistral, vent très puissant bien connu en Provence. Tandis que les amoureux très souriants ainsi que la mère et sa fillette rivalisent de tendresse.

Pour les amateurs de ronronthérapie, il existe une dame aux chats chez le santonnier Flore. Il est possible de lui adjoindre d’autres petits félins. Et si comme moi, vous avez une amie peintre aux doigts d’or et à la patience d’ange (merci Colette !), votre fidèle compagnon, même parti dans les étoiles, sera toujours à vos côtés car immortalisé dans votre crèche.

Il y aura bien sûr les Rois Mages qui, venus d’Orient, poursuivent leur chemin jusqu’à la Crèche, guidés par l’étoile. Mais c’est une autre histoire qui vous sera contée très bientôt.

Santons habillés.

A côté des personnages présentés ci-dessus, il existe des santons d’argile habillés. Ils sont de plus grande taille, parfois réalisés par parties, réunies par du fil de fer. Leurs vêtements sont confectionnés en tissus provençaux fabriqués soit par « Les Olivades » à Saint-Etienne Du Grès ou par « Souléiado » à Tarascon. Ils sont plus souvent utilisés dans les crèches d’église, de musée ou de lieux publics ou tout simplement comme décorations d’intérieur.

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Il en existe des dizaines, inspirés par des inconnus ou des célébrités. C’est ainsi qu’à côté d’Alphonse Daudet cherchant l’inspiration à l’ombre de son moulin, Raimu poursuit sa célèbre partie de cartes, Fernandel joue au puisatier tandis que Michel Galabru et son compère Louis de Funès endossent leur uniforme de gendarme. Ce qui prouve que l’imagination des santonniers est sans limite!

Décors de crèches.

La composition de la scène de la crèche est complexe et très traditionnelle. Le décor est vaste car il ne se limite pas à l’étable de la naissance. Aux maisons et autres monuments en pierres, s’ajoutent des rivières, des champs d’oliviers, de lavande, de vignes ou de légumes. Partout, mousse, thym et romarin verdissent les collines simulées par du papier chiffonné ou par de véritables petits rochers. Les personnages sont multiples et, parfois, se côtoient des santons peints et d’autres habillés, des grands et des petits savamment placés pour donner une impression de perspective. Un vrai régal pour les yeux et une source d’émerveillement pour adultes et enfants.

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Toutes ces petites merveilles seront, par tradition, démontées le 2 février à l’occasion de la Chandeleur. Personnages et décors regagneront leurs boites respectives dans lesquelles ils dormiront jusqu’au début décembre.

Si toutefois, vous avez la nostalgie de Noël et que vous êtes de passage en Provence, entre Arles et Saint Remy, La Petite Provence Du Paradou, village miniature riche de plusieurs centaines de santons,  vous enchantera.

 

Les santons provençaux ne sont pas les seuls santons existants. De nombreux pays construisent leurs crèches avec des personnages d’argile réalistes ou naïfs qui ont autant de charme.

Si les santonniers de Provence – Carbonel, Flore, Jouve, Arterra, Moulin à huile, Escoffier, Didier, Reboulin, etc – bénéficient d’ une réputation internationale, nous pouvons être fiers d’Alain Hubinont , santonnier en Brabant Wallon qui réalise des crèches à l’allure de grosses fermes brabançonnes.

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C’est avec des étoiles plein les yeux, bercée par cette ambiance de paix et de joie, que je vous souhaite une douce et agréable fête de la Nativité.