Quelques explications à propos … Des commémorations du mois de novembre.

 

Novembre est un mois riche en commémorations de toutes sortes. S’il débute sur une note festive et souvent pittoresque lors la nuit d’Halloween, il se poursuit par la Toussaint (fête de tous les saints) qui précède le jour des défunts où un hommage, souvent fleuri, est rendu à nos chers disparus.

Cependant, d’autres héros, plus que méritants, sont également mis à l’honneur en ce 11 novembre. Cette date, célébrant l’anniversaire de l’armistice de la guerre 1914-1918, clôture les 4 années de commémoration, nationale et internationale, du centenaire de cette épopée tragique et meurtrière. Plusieurs villes dont  Bruxelles ,  Mons et Le Roeulx   notamment, organisent des cérémonies officielles les 10 et 11 courant alors que d’autres lieux de mémoire comme Ypres, Dixmude et Carnières (Bataille de Collarmont  le 22/08/1914) ont célébré leurs courageux défenseurs en 2014.

2017-11-29-11-18-29-1200x800Tous sont symbolisés par le coquelicot , la première fleur à avoir poussé sur les champs de bataille. Sa couleur évoque également celle du sang versé pour défendre la Patrie.

MUURPLAKETTEN_FR_0Cependant, nombreux sont encore « Nos Héros oubliés ». Pour y remédier , le WHI ou War Heritage Institut propose  aux communes qui disposent de tombes d’anciens combattants belges, de les répertorier, d’y placer une plaquette commémorative et de fixer à l’entrée du cimetière, un panneau indiquant leur présence, participant ainsi au travail de mémoire ardemment encouragé par les instances de notre pays. Les autres objectifs formulés sont respectivement les efforts collectifs pour un Avenir de Paix et le maintien de la Solidarité et du Partenariat (coopération internationale, ONU, OTAN, etc.).

armes_belgiqueCela nous amène doucement au 15 novembre, jour de la Saint Léopold, du nom de nos deux premiers souverains. Cette date est consacrée à la Fête du Roi depuis 1866. Durant la Régence de Charles de 1944 à 1950 (Question Royale) , elle a été nommée « Fête de la Dynastie » d’où la confusion fréquente des deux appellations. Deux manifestations (auxquelles le Roi n’ assiste pas conformément à la tradition) émaillent cette journée : le Te Deum à la Cathédrale Saints Michel et Gudule et un hommage par les autorités civiles au Palais de la Nation. Le 15 novembre est également le jour de la Fête de la Communauté Germanophone.

Si vous souhaitez vous plonger dans l’Histoire, NELE, une pièce de J.L.Piérart sera interprétée à la Maison de la Laïcité de Morlanwelz le vendredi 23 novembre à 19h30.

911863_1

gal-3361862En évoquant l’Armistice de 1918 et la dynastie, il est aisé de penser à Albert 1er, le Roi Chevalier, troisième souverain de Belgique qui s’est particulièrement illustré durant cette « terrible guerre ». Pourtant, rien ne le prédestinait à monter un jour sur le trône. Deuxième fils de Philippe, Comte de Flandre, frère du Roi Léopold II, né le 8 avril 1875 à Bruxelles, Albert n’était que le quatrième dans l’ordre de succession. Ce n’est qu’après la mort (1869) de Léopold, fils unique du roi régnant, du refus de son propre père de monter sur le trône  et du décès de son frère ainé Baudouin (1891), qu’il est désigné comme futur roi. Dès lors, il reçoit une éducation appropriée notamment à l’Ecole Militaire. En 1907, il sera nommé Lieutenant Général et débutera son initiation aux « affaires du Royaume ». Il sera couronné Roi le 17 décembre 1909 et sera le premier souverain belge à prêter serment en français et en flamand.

En 1900, il a épousé une Princesse de Bavière, nièce de la très célèbre Sissi, Impératrice d’Autriche. Cette jeune fille , prénommée Elisabeth,  née le 25 juillet 1876 dans une famille assez originale, a étudié plusieurs langues (Allemand, Français, Anglais) ainsi que la musique ( piano et violon).

De  cette union, naîtront trois enfants : Léopold, futur Léopold III, Charles, futur Régent pendant l’épineuse « Question Royale » et Marie-Josée, la très éphémère Reine d’Italie (règne d’un mois) lorsqu’elle épousa Umberto.

La Reine, grande mélomane, a tenu à ce que ses enfants apprennent la musique.

Elle a fréquenté des virtuoses tel Eugène Ysaïe avec lequel elle a créé le célèbre concours baptisé du nom de ce grand violoniste et qui, plus tard, prendra le nom de « Concours Reine Elisabeth ». Elle en assura la présidence jusqu’à son décès en 1965, remplacée ensuite par la Reine Fabiola qui céda sa place à la Reine Mathilde souvent accompagnée de la jeune Princesse Elisabeth, quatre générations de femmes unies par la même passion.

as18711-1958La famille d’Albert 1er, contrairement aux précédentes, n’aimait point le faste et vivait dans la simplicité, ce qu’appréciait fortement le peuple. La Reine se plaisait à rencontrer de grands « Hommes », artistes ou bienfaiteurs de la société, tels Emile Verhaeren, Colette, Albert Schweitzer, tandis que le Roi se consacrait plus spécifiquement aux affaires d’Etat : le développement de l’instruction qui devait favoriser l’essor social, le respect des indigènes colonisés et surtout la restructuration des forces vives de la Nation autrement dit de l’armée.

boche-1914Sentant les tensions monter en Europe, le Roi ratifia en 1913 la loi rendant le service militaire obligatoire et rappela aux forces en présence le principe de neutralité choisi par la Belgique qui ne sera pas respecté par l’Empereur Allemand. Le pays est envahi le 4 août 1914. L’armée belge se défend bravement à Liège et à Anvers, puis se retire sur l’Yser dès le 15 octobre. Elle y restera jusqu’à l’armistice.

La popularité du couple royal s’est accrue durant ces années de guerre. Le Roi avait refusé de se retrancher en France pour donner ses directives et était resté sur le front où il visitait fréquemment « ses » soldats qui survivaient dans des conditions désastreuses d’hygiène et d’insalubrité. Ces braves étaient pour la plupart des rescapés des batailles des tranchées ayant eu lieu entre le 17 et le 31 octobre 1914 pendant lesquelles 60.000 hommes furent tués ou blessés, ce qui représentait un tiers de l’armée de l’époque.

Pendant ce temps, la Reine, pourtant allemande de naissance, mais totalement dévouée à sa patrie d’adoption, avait organisé avec l’aide du célèbre chirurgien Antoine Depage, un hôpital de campagne dans le Grand Hôtel de l’Océan situé face à la mer à La Panne. Elle apportait soins et bien-être aux blessés d’où son surnom de « Reine Infirmière ». La chirurgie fit de gros progrès durant ces quatre années grâce aussi aux examens radiologiques pré-opératoires rendus possibles par la création par Marie Curie, de camions équipés de matériel radiologique, qui se déplaçaient en fonction des besoins. Ils portaient le nom de « Petites Curies ».

image1[6121]Heureusement, toute horreur a une fin. L’armistice du 11 novembre 1918 vint sonner la fin de cet enfer. Dès le 22 novembre, le couple royal, suivi des soldats rescapés, sains et saufs ou mutilés, entreprit une série de « Joyeuses Entrées » dans les villes les plus importantes du pays. Ces braves pour lesquels le peuple éprouvait une réelle sympathie, étaient logés chez l’habitant et c’est tout naturellement que, suite à ces déplacements à travers le pays, de nombreux mariages furent célébrés.

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Et quoi de plus normal pour les enfants nés de ces unions, tout auréolés par la gloire de leurs pères, calots sur la tête et juchés sur les destriers de bois, de « naïvement jouer à la guerre » et même parfois d’arborer les médailles de papa?

Les décorations militaires furent distribuées aux survivants, notamment la médaille de l’Yser et celle de la Croix de Feu, signes de ralliement des combattants de l’Yser. Cette dernière porte au verso une inscription qui se traduit comme suit : « LE SALUT DE LA NATION EST NOTRE ULTIME DEVOIR ». A l’heure actuelle, certaines tombes de nos cimetières portent encore cet emblème et méritent tout notre respect !

Après la guerre, le Roi a utilisé toute son énergie pour reconstruire le Pays. Le plus bel exemple de cet acharnement est la réalisation du Canal reliant Liège à Anvers, canal qui d’ailleurs porte toujours son nom. Féru de sciences, il créera le FNRS, Fonds National de Recherche Scientifique destiné à favoriser l’essor industriel.

Il a initié plusieurs réformes dont :

  • le suffrage universel,
  • l’égalité effective des deux langues nationales,
  • la flamandisation de l’Université de Gand,
  • la reconnaissance de la liberté syndicale et
  • l’extension de la législation sociale.

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Passionnés de voyages, les souverains visiteront l’Afrique ( Congo Belge) , le Brésil en 1920, l’Egypte en 1922, l’Inde en 1925, etc. Même après la mort de son époux en 1934, lors d’une escalade à Marche-les- Dames, la Reine poursuivra  ses déplacements jusque  dans des pays communistes tels la Pologne, l’URSS, la Yougoslavie et la Chine. Cela lui vaudra le surnom de « Reine Rouge » et la colère du Gouvernement Belge. Une rebelle au Palais quelques décennies avant le Prince Laurent ! Selon l’adage, « Bon sang ne saurait mentir »!

 

Albert-et-ElisabethPour en savoir plus sur ce couple mythique, de nombreux ouvrages intéressants et choisis comme références à cet article sont à consulter :

  • « L’Album intime de la Famille Royale », Au cœur des Archives du Palais, Le Soir Magazine,  Ed. Jourdan, 121p.
  • « L’album Royal  De Léopold 1er à Baudouin« , Olivier Defrance et Christophe Vachaudez, Ed. Racine, 2011, 192p.
  • « Albert & Elisabeth », Esmeralda de Belgique et Christophe Vachaudez, Ed. Racine, 2014, 192p.

 

BANNERSWEB_EXPOWOI_FR_450_96_DPIPour en savoir plus sur le règne de ces souverains et leurs actions en faveur de la Belgique, une exposition « Au delà de la Grande guerre 1918-1928″ est actuellement accessible au Musée de l’Armée. Elle évoque la reconstruction économique du pays, les changements politiques et socioculturels ainsi que le processus de deuil et de mémoire. Elle est accessible jusqu’au 22 septembre 2019.