Connaissez-vous… Charles Catteau ?

La faïencerie Boch Frères sise à La Louvière a été, pendant des décennies, un des fleurons des nombreuses industries  (charbonnages, usines métallurgiques, boulonneries, aciéries, etc ) de la Région du Centre, en Belgique.

Sortie des faïenceries Boch
Sortie des faïenceries Boch

L’emplacement d’une ancienne poterie en pleine zone agricole, mais proche de voies ferrées et fluviales, a attiré les frères Boch, faïenciers au Grand Duché de Luxembourg. Ils décident d’y fonder une nouvelle usine dès 1841. Cependant, la production effective ne débutera qu’en 1844 et connaîtra un vif succès de par la qualité de ses pièces, nettement supérieure à celles des autres faïenceries belges ( Bruxelles, Andenne, Nimy et Jemappes).

Des signatures « BFK », « Boch Frères », « Keramis »  à « Royal Boch », cette entreprise a

produit des articles de vaisselle que de nombreuses personnes de la région retrouvent encore dans leurs armoires. Certains motifs, comme le Carlotta ou le Copenhague, sont très connus. Par contre, d’autres, multiples et variés, se découvrent au hasard de brocantes ou d’un vide-grenier ( Lucien, Daisy, Simone, etc .).

Par contre, une facette moins connue des productions est celle des objets utilitaires et de décoration. Et un des maîtres en la matière, qui a été un créateur inspiré et un incroyable visionnaire, fut assurément Charles Catteau (1880-1966).

teaserbox_50112907Cet homme, né à Douai d’un père belge et d’une mère française, a suivi des cours à l’académie, a fréquenté plusieurs ateliers de céramique et a obtenu un diplôme d’ingénieur de l’Ecole nationale de céramique de Sèvres, où il a reçu une formation artistique et technique mais où il a pu également exploiter les collections du Musée.

Après un bref passage à la manufacture de Nymphenburg en Allemagne, c’est en 1906, peu après son mariage, qu’il arrive à  La Louvière où il avait décroché, personne ne sait par quel biais, un contrat chez Boch Frères.

Au départ, engagé comme « dessinateur » ( concepteur et peintre de décors),  ses créations sont classiques, dans la lignée de ce qui était produit à la manufacture (Delft, paysages, romantisme). Mais très vite, ses talents sont décelés et dès 1907, il est investi responsable du Département Décoration, Atelier de Fantaisie.

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Ferme Guyot Charles Catteau

En parallèle, peintre doué, il est nommé titulaire du cours de peinture décorative à l’école industrielle de La Louvière et à l’Institut des Arts et métiers. Sa devise étant : « L’Art à la portée de tous », il y forma des dizaines de céramistes, souffleurs de verre et décorateurs en veillant à développer leurs dispositions techniques mais aussi leurs connaissances générales ainsi que leur fibre artistique personnelle.

 

Dès lors, il n’est pas étonnant que les objets usuels du quotidien se teintent d’originalité et de beauté, tels ceux exposés ci-dessous.

Après la première guerre mondiale, la manufacture redémarre et Charles Catteau,  influencé par l’Art Nouveau, souhaite pousser plus loin le renouveau des formes, des décors et de l’aspect des objets. Tout comme les peintres avant-gardistes de l’époque, il s’inspire des estampes japonaises, des émaux, de l’Art déco et puis du cubisme.

A la technique de la faïence qu’il améliore et diversifie, il adjoint celle du grès cérame qui devient son moyen d’expression le plus prisé. Ses modèles inspirés de l’art africain, très variés, rencontrent un certain succès.

image1[6069]Un de ses décors, resté comme emblématique et qui se reconnait en un coup d’œil encore actuellement , est le motif aux daims et aux biches. Souvent, un ou deux daims mâles ornent une face du vase, le plus souvent circulaire, et une ou deux biches ornent le verso.

Une exception, le vase ovoïde présenté ci-dessous, dont les deux faces reprennent le motif du daim mâle. Ce dernier pouvait également se retrouver sur une assiette de décoration.

Chaque objet était créé et fabriqué avec un soin minutieux. La forme était choisie parmi de nombreux modèles, chaque motif était numéroté et répertorié. La réalisation de l’ensemble était confiée à des mains expertes et sortait de l’entreprise marquée d’un cachet et parfois de la signature du créateur (ici Ct = Charles Catteau).

Dès 1927, la renommée de cet homme est telle que, bien que céramiste, il est mandé par les Verreries de Scailmont à Manage, alors en pleine expansion, pour créer des modèles dans l’air du temps. Dans ce domaine, son talent et sa créativité feront merveille également.

L’originalité faisant qu’un même vase pouvait et peut toujours, présenter des aspects totalement différents en modifiant  uniquement ses coloris.

Son influence diminuera avec le temps mais « l’Homme de Keramis » restera fidèle à « son usine » jusqu’à la retraite en 1946. Il quittera La Louvière pour Nice en 1950 et y décédera en 1966. Ce départ lui aura permis de ne pas connaître le déclin progressif de l’entreprise qui, de faillites successives en reprises improbables, s’est éteinte peu à peu. Actuellement, il n’en subsiste que trois fours bouteilles miraculeusement sauvés qui trônent au cœur du nouveau musée de la céramique (ou Keramis) à La Louvière.

KERAMIS_Assiettes-CARTONdoré_Page_1Il s’y déroulera bientôt ( du 10 novembre 2018 au 10 mars 2019)une exposition sur les assiettes parlantes produites par la manufacture. Dans la réserve de ce musée, se trouvent de nombreuses pièces créées, notamment, par Charles Catteau et accessibles au public.

Cependant, si vous souhaitez mieux connaître les créations nées de l’imagination prolifique de ce visionnaire, sachez que deux artistes amoureux des beaux objets ont rassemblé une collection d’œuvres de Charles Catteau. Riche de plus de 800 éléments, elle a été confiée par les propriétaires à la Fondation Roi Baudouin qui se charge de la conserver dans les meilleures conditions.

10-me-foire-aux-c-ramiques-et-verreries-83Si vous habitez la région du Centre, venez découvrir des œuvres variées de Charles Catteau et de ses condisciples de la Faïencerie Boch lors de la Foire aux Céramiques et Verreries qui se déroulera au Roeulx le 18 novembre prochain de 9h à 16h.

 

sans-titreEt si vous désirez en savoir plus, voici les références de quelques beaux ouvrages auxquels je me suis référée pour écrire cet article. Bonne lecture.

« Catteau. Donation Claire De Pauw –  Marcel Stal« , Fondation Roi Baudouin, Ed Euroset, 2001, 120p.

« Ch. Catteau, LA LOUVIERE, Formes et Techniques », Catalogue de l’exposition : Techniques de décoration et harmonie des formes, 2005, 119p.

« ART DECO CERAMICS MADE IN BELGIUM Charles Catteau », Marc Pairon, Fondation Charles Catteau, 2006, 744p.

« Le verre ART DECO ET MODERNISME, de Charles Catteau au Val Saint-Lambert », Musée Royal de Mariemont, Ed Chauveheid, Stavelot, 2011, 375p.