Découverte insolite… Le passe-vite, une invention carnièroise.

Tout le monde connait le moulin à légumes utilisé par nos grands-mères pour réaliser de délicieuses soupes qui ont parfumé notre enfance.

moulinex_moulin_a_legumes_a45306_k1210301362089B_210014485Souvent, on attribue à tort cette invention au géant français Moulinex qui en fabrique encore actuellement. Cependant, rares sont ceux qui connaissent sa véritable histoire, l’épopée belge du passe-vite, de renommée mondiale.

Son véritable et exclusif inventeur est Victor Simon.

Cet Hennufactory-102111_1280yer, cinquième enfant d’une famille peu aisée, est né à Carnières, au numéro 56 de la rue Ferrer, le 22 mars 1888. Il a la malchance de perdre sa maman en février 1894. Comme à cette époque, l’école n’était pas encore obligatoire (elle ne le sera qu’en 1914), son père, ouvrier de surface dans un charbonnage de la région, lui intime l’ordre de travailler comme porteur de briques. Il le sera jusqu’à 10 ans; puis, on ne sait par quel miracle, il a enfin l’occasion de passer deux ans sur les bancs de l’école primaire. Cela lui ouvrira des perspectives et lui insufflera l’envie de se cultiver, d’étudier, de tenter de découvrir ce que sont la mécanique et l’électricité, en plein essor à cette période. Les prémices d’une vie de génial inventeur!

silhouettes-808153_1280La trêve est de courte durée. Son père dont les besoins d’argent sont importants pour élever au mieux sa famille nombreuse, l’envoie sur les terrils, ramasser des gaillettes (morceaux de charbon). Après un bref passage au triage, dès qu’il a atteint les 15 ans requis, il est envoyé au fond de la mine afin de ramener un « salaire » un peu plus conséquent.   Ensuite, dès 16 ans, aidé par sa sœur, véritable soutien de tous les instants, il ira travailler dans diverses usines (fabrique de boulons, montage de locomotives, ACEC,…) qu’il quittera, non pas suite à un licenciement, mais par curiosité, pour apprendre ailleurs de nouveaux gestes, pour découvrir d’autres possibilités de travailler, en bref, pour progresser. En 1906, il aura la chance de pouvoir s’inscrire dans  la nouvelle école industrielle installée à Morlanwelz. Il y suivra les cours du soir tout en travaillant le jour. Il y a récolté trois diplômes en mécanique et en électricité, ses deux branches favorites! Cependant, la guerre freinera ses projets. Il en réchappera malgré une balle logée dans le poumon. Son rêve : s’affranchir de l’usine comme il s’est affranchi de la mine.

En 1921, il se marie avec Lucienne qui croit en lui et l’encourage à voler de ses propres ailes. Tous deux achètent une maison au 125 de la rue du Polychène où Victor installe ses activités. Il propose de réaliser des installations électriques, de rebobiner des moteurs et bientôt, il effectue des travaux pour les entreprises Baume-Marpent à Haine-St-Pierre et Morlanwelz ainsi que pour les laminoirs de Longtain à La Louvière.

Un soir de 1927, Lucienne, institutrice du village, maugrée en passant la soupe, rageant sur les ustensiles peu performants lui rendant la tâche bien difficile. Il faut préciser qu’à cette époque, les ménagères ne disposaient que d’une passoire, d’un pilon et de leur propre énergie pour écraser les différents légumes qui constituaient le potage.

Ce fut le déclic ! En quelques traits dans un calepin, Victor dessina « le passe-vite ». Cet ustensile révolutionnaire, ainsi baptisé par Lucienne Simon, ravie,  remplace la force verticale discontinue exercée par le pilon, par la force obtenue par une rotation horizontale continue. Et ce, grâce à une hélice actionnée par un bras de levier en forme de manivelle.

Son voisin, Richard Denis, artisan tôlier, l’aide à réaliser le prototype. Un brevet (numéro 348610) est déposé dès le 4 février 1928. En 1929, les deux associés exposent 26 passe-vite, fabriqués très artisanalement,  à la Foire Commerciale de Bruxelles et en sortent avec 500 commandes ! Un succès inespéré pour ce premier appareil mécanique, ancêtre des électroménagers. La publicité sous forme de « réclames » fit le reste. Tous les ménages souhaitaient posséder un passe-vite puisqu’il libérait les ménagères d’une tâche ingrate et éprouvante. Un établissement adapté à la fabrication en série de ces ustensiles s’avéra nécessaire et une usine flambant neuve fut construite dans l’Avenue du Centenaire, 25,  à Carnières (appelée à ce moment Rue Saint Eloi). Les bâtiments existent encore et sont actuellement occupés par une brocante géante ouverte les samedis, dimanches et jours fériés de  7h à 18h (0489/90.99.96 ou 0496/15.59.09). L’entreprise très prospère connait un essor remarquable et emploie de nombreux travailleurs.

Malheureusement, en 1932, un français du nom de Jean Mantelet, créateur de la firme Moulinex, dépose un brevet pour un moulin à légumes, copie exacte du passe-vite avec lequel il gagnera même le Concours Lépine !  Malgré un premier procès gagné par Victor Simon, le géant français de l’électro-ménager, bénéficiant des difficultés liées à la deuxième guerre mondiale, poursuivra sa fabrication de masse dont il inondera différents pays, provoquant indirectement la faillite de la fabrique carnièroise. Celle-ci fermera définitivement ses portes en 1978, 6 ans après le décès de son fondateur et 50 ans après le dépôt de son brevet.

image2[5502]Une exposition dédiée à cet ustensile, inaugurée le 15 septembre dernier, se tient actuellement au Pavillon du tourisme de Morlanwelz : « L’expo qui passe vite, le retour ». Vous pourrez notamment y découvrir un passe-vite géant réalisé, il y a quelques années déjà, par les élèves de l’Institut Technique de Morlanwelz.

Cependant, certains détails de la vie du couple Simon sont relativement méconnus. Comme la réussite leur souriait, ils ont fait construire une très jolie villa dans une artère importante de leur cher village. Clin d’œil à leur invention, le portail de l’entrée est orné de deux passe-vite stylisés.

D’autre part, ils ont tous deux été très impliqués dans la vie artistique et sociale de l’entité. Victor s’est révélé être un véritable mécène. En tant que Président de la ligue « Les Amis du peintre Alex-Louis Martin« , artiste carnièrois (1887-1954), il sauve de la destruction la maison natale du peintre et la cède à la Ligue. Elle est  encore debout actuellement mais dans un bien triste état… Cependant, un article paru le jeudi 11 octobre 2018 dans le quotidien « la Dernière Heure- Les Sports » (page 21), nous apprend que cette demeure va être restaurée très bientôt après appel de fonds à la Région, à la Commune de Morlanwelz et via un crowdfunding. L’objectif final est d’y implanter le Musée du Passe-vite (juste retour des choses), des ateliers de peinture pour jeunes artistes ainsi qu’un jardin avec un circuit touristique, dixit Thierry Bonnechère, Président de l’ Espace Muséal de Carnières et du Centre Culturel de Morlanwelz.

En parallèle de l’achat de ce bâtiment, Victor Simon crée le Musée consacré à cet artiste dont il achète 45 œuvres qu’il cède immédiatement à cette institution.

drapeau-croix-rouge-150x90cm-humanitaire-specialPendant ce temps, Madame Lucienne Simon, membre du Comité qui créa la section locale de la Croix Rouge en 1927, en fut la vice-présidente , puis la Présidente pendant 11 ans.

GranPrePour honorer la mémoire du grand homme, son arrière-petit-neveu, Francis Laurent, lui a consacré un chapitre dans un très beau livre qui raconte 20 destins exceptionnels de « Petites Gens » de notre beau pays.

Un joli moyen de faire connaitre des héros locaux souvent méconnus ou tout simplement oubliés. Bonne lecture.