Rencontre avec … Philippe Wasterlain

Si vous suivez le blog régulièrement, vous avez déjà entendu parler de Philippe Wasterlain, notre intervenant « jardin ». Vous pourrez retrouver la vidéo de la rencontre sur cette page. 

Aujourd’hui, il a bien voulu répondre à nos questions sur le bio, les changements climatiques et les actions à entreprendre.

Le K : Qui es-tu Philippe Wasterlain ?

PW : Je suis Ingénieur Agronome de Gembloux sorti il y a plus de 40 ans de la section «pédologie» (qui signifie «science du sol») très proche finalement de l’environnement et aujourd’hui appelé « Bio-Ingénieur ». Déjà lors des études «très chimiques », nous étions quelques- uns à nous intéresser fortement à la culture bio mais c’était très mal vu car considéré comme une douce utopie (c’était en 1975).

Au fil des ans, je me suis de plus en plus documenté sur le bio et en 1995, j’ai essayé de lancer à Binche un magasin du Terroir, subsidié par «Objectif 1» (subsides européens accordés à la région), mais c’était encore trop tôt et je n’ai pas trouvé de soutien car le bio paraissait toujours une utopie aux yeux des décideurs (la crise de la dioxine n’arrivera qu’en 99).

Ma vie professionnelle s’est passée dans la grande distribution et dans l’informatique. Parallèlement à cette vie, je donne des conférences dans les cercles horticoles et j’ai appris là à reconnaître les champignons (ça pousse d’ailleurs souvent sur le sol) ; donc je suis devenu aussi mycologue amateur.

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Le K : D’où te vient cet enthousiasme à transmettre un savoir ?

PW : Mon enthousiasme vient tout simplement de ce que j’aime, de ce que j’ai étudié (le sol et les plantes) et que je continue d’apprendre. Je souhaite partager tout cela avec le plus grand nombre car je pense que c’est important pour l’avenir de l’Homme.

 

Le K : Il y a un intérêt croissant depuis une vingtaine d’années pour le «fait maison», le biologique, le «naturel». Selon toi, est-ce un effet de mode ou un véritable changement de comportement ?

PW : L’engouement pour le bio n’est pas un effet de mode. L’agriculture empirique d’avant le 19è siècle était bio. Et quand les travaux du chimiste Liébig (moitié du 19è) ont été à la base de l’agriculture chimique, ces mêmes travaux ont confirmé aux tenants de l’agriculture « naturelle » le bien-fondé de leur choix. Donc le bio n’est pas une invention ! Mais elle a été « discréditée et occultée » pendant plus de 100 ans avant de revenir. Car c’est la réaction saine de l’Homme qui constate que le mode de production chimique et industriel oublie que les êtres élevés ou cultivés sont vivants et sont destinés à nourrir des êtres vivants. Ces hommes sentent confusément que beaucoup de problèmes de santé sont liés à la mauvaise qualité de l’alimentation. Toutefois, les « promoteurs » de l’agriculture industrielle ne baisseront pas les bras et viendront avec d’autres modes de production qui paraîtront « naturels ».

Le K : On vient de passer un été dit caniculaire. Aux dernières nouvelles, il ne s’agirait pas d’une exception, mais plutôt d’une tendance à des périodes très chaudes. Est-on armé à faire face à ces vagues de chaleur ?

PW : L’agriculture industrielle telle qu’elle est aujourd’hui n’est absolument pas prête aux changements climatiques car elle dépend d’énormément d’intrants (arrosage, engrais, pulvérisations, etc.) pour produire des quantités tellement excessives que la moitié de la production est jetée ! Mais elle se prépare à des changements radicaux : culture hydroponique, modification du génome des plantes, etc.

Par contre, l’agriculture bio est adaptée aux changements climatiques car elle adapte ses méthodes de travail aux conditions locales et à une bonne connaissance de ce qui est cultivé et de son environnement (à titre d’exemple, cette année j’ai cultivé mon potager sans le moindre arrosage ni traitement, mais j’ai paillé ! et j’ai des tomates – à ce jour le 15/08- à raison de plus de 8kg par plant).

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Le K : Pour la dernière question, nous arrivons en période électorale, d’après toi quelle a été la mesure environnementale (si jamais elle existe) que tu trouves la plus profitable ?

PW : La mesure environnementale la plus importante au niveau international, c’est peut-être la prise de conscience de la dangerosité des plastiques qui sont en train de tuer les océans et aussi le coup de gueule de Nicolas Hulot qui a fait réfléchir beaucoup de gens.

Le K : Merci Philippe.

Si le travail de Philippe vous intéresse, vous le retrouverez le 10 octobre sur ce blog, il nous parlera du monde des champignons.