Découverte insolite… Histoires de coqs.

Si vous habitez Morlanwelz, vous n’êtes pas sans savoir que le vendredi 27 avril dernier, le coq a retrouvé son perchoir d’origine, le clocher de l’église Saint-Martin. Mais connaissez -vous son histoire et celle des coqs d’églises?

L’ imposante église Saint-Martin a été construite, grâce aux deniers d’Abel Warocqué, sur les ruines d’une précédente datant du XIIIème siècle. Elle a été inaugurée en 1865 soit un an après la mort de ce bienfaiteur dont la statue est située face à l’édifice. Elle est l’œuvre de l’architecte bruxellois Felix Laureys. Sa façade de style néo-gothique est surmontée d’une tour partiellement polygonale qui renferme trois cloches. A ce moment, nul ne sait confirmer la présence de ce gallinacé au sommet du clocher. Par contre, celui que nous connaissons y figure depuis quelques dizaines d’années déjà.

weather-forecast-146472_1280Ce coq qui domine le village, résistant avec stoïcisme à toutes les variations climatiques de notre belle région, représente une véritable station météo pour certains (dixit Philippe Honorez, Président de la Fabrique d’église). Il suffit d’observer l’orientation de cette girouette le matin en ouvrant la fenêtre et les habitués sauront dire avec précision, si le temps est à l’orage, à la pluie, à la neige ou au soleil.

Un jour de 2013, lors d’une tempête, sans doute fatigué de résister aux multiples assauts du temps, notre gallinacé a pris son envol et s’est écrasé quelques 50 mètres plus bas.

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Ramassé par un habitant de la commune, dans un bien triste état, il a été remis à un passionné du petit patrimoine, Didier Selvais, qui a, patiemment et méticuleusement, entrepris sa restauration. Conseillé par un ami artisan français, cet artiste a poncé, a soudé au moyen de plusieurs métaux et de diverses matières notamment  l’argon et l’argent, a redoré et a ainsi rendu, à ce symbole de lumière, toute sa superbe.

 

Ce coq ainsi restauré, la tête lestée de béton pour équilibrer le poids important de la queue, pouvait rejoindre son clocher. Cette fois, le problème  était de trouver les moyens financiers pour louer une grue télescopique afin de hisser la girouette de 6kg400 et d’une envergure de 94 cm jusqu’au sommet de l’église à 50 mètres au-dessus du sol. Jadis, une telle opération était menée au moyen de cordes et d’échelles par une équipe vêtue de blanc pour être vue de loin. Heureusement, les techniques actuelles rendent l’opération moins périlleuse.

La commune a décidé de prendre ces frais en charge et après une exposition de quelques semaines dans les locaux de l’hôtel communal, c’est en grande pompe que notre gallinacé a retrouvé son perchoir le vendredi 27 avril 2018. La population était invitée à participer à l’événement, en portant un vêtement blanc en référence aux équipes de jadis. Les édiles et les ouvriers communaux, le restaurateur, les enfants des écoles, la chorale l’Emilienne, des musiciens, des habitants, nombreux sont ceux qui ont assisté à la montée dans les airs de notre vedette du jour et à sa pose sur la croix de l’église.

 Mais pourquoi y-a-t-il souvent un coq au sommet de tels édifices?

Beaucoup de paroissiens pensent que c’est pour rappeler à tous le reniement de Saint Pierre. Cependant, d’après le Chanoine R. Gaudin, ceci ne serait que pure légende. Selon lui, dès le IVe siècle avant notre ère, les civilisations les plus évoluées (Grèce, Gaule, Babylonie, Inde et Extrême-Orient), utilisaient déjà dans les Arts, l‘image du COQ comme emblème de Fierté, de Courage et de Vigilance.

Comme cet animal appelle l’aurore de ses cris particuliers, il fait référence à l’explosion matinale de la vie qui commence, il est emblème de lumière.

 

Les Grecs firent même de lui l’emblème du courage militaire.59xYPXdr

 

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En médecine, dès Esculape, il est souvent opposé au serpent, oiseau de lumière, de vie et de guérison, alors que le serpent sournois et silencieux, porteur de venin est plutôt symbole de maladie et de mort.

 

Cet oiseau, porteur de tant de qualités, fut considéré chez les Anciens, comme un messager des dieux. Les Grecs et les Latins l’avaient même consacré à Zeus. Et pendant tout le premier millénaire chrétien, il a été considéré comme oiseau de lumière. Pour les Chrétiens, le chant du coq devient la Voix du Christ. Par extension, le coq des clochers, toujours face au vent, serait la représentation du Christ et des chrétiens, face aux péchés et aux dangers du monde.  Il a été remarqué que certains coqs posés tout là-haut contenaient des reliques de saints tel celui de la Cathédrale Notre-Dame de Paris. Il est vrai, que nul autre reliquaire ne saurait être aussi bien protégé!

Cependant, certaines églises, au cours du temps, se retrouvent sans clocher. C’est le cas de l‘église Saint Joseph de La Louvière qui a perdu le sien en 1968, suite à un tremblement de terre. C’est pourquoi, en 1986, André Balthazar et Pol Bury ont demandé à des artistes de créer un projet de nouveau clocher. Du 08 septembre au 16 décembre, l’exposition « L’esprit de clochers » réunit plus de 200 projets ainsi collectés. 

Et le coq wallon dans tout cela?

750px-Flag_of_Wallonia.svgLes Fêtes de Wallonie qui ont eu lieu du 14 au 16 septembre me font penser à l’emblème du drapeau wallon : un coq hardi, la patte droite levée et le bec clos, prêt à se défendre contre toute attaque. Ses couleurs font référence à la ville de Liège, pour rappeler le rôle prépondérant joué par cette population dans la construction de la conscience wallonne. Le choix du coq s’est basé sur les mêmes qualités de fierté, de courage et de vigilance véhiculées depuis toujours par cet animal. Il a été créé en 1913 par le peintre Pierre Paulus.

En 1991, il a été adopté par décret comme drapeau de la Communauté Française Wallonie Bruxelles et en 1998, il a été reconnu comme drapeau officiel de la Région Wallonne.

Réfléchissez à son histoire lorsque vous le verrez flotter un peu partout en Wallonie ce 27 septembre, à l’occasion de la fête annuelle de la Communauté Française.