Ça se passe près de chez vous… « Boël, une usine dans la ville »: deux expositions, deux regards

« La ville de La Louvière fut créée de, par et pour l’industrie ».

Pour fêter dignement les 150 ans de cette cité, que proposer de mieux que de revisiter son étroite cohabitation avec les Usines Boël qui font partie intégrante de son paysage depuis toujours?

 

Pour ce faire, l’exposition « Boël. Une usine dans la ville. », nichée dans les ateliers du site minier du Bois-Du-Luc, retrace l’histoire patrimoniale, économique et sociale de cette entreprise particulière. En parallèle, s’y explique l’évolution urbaine de la région et s’y retrouve un questionnement sur l’avenir (?) des industries qui ont été si florissantes dans notre petit pays. Elle est accessible jusqu’au 30 novembre 2018. Renseignements complémentaires:  http://www.ecomuseeboisduluc.be

verresTout a commencé par Ernest Boucquéau,  docteur en droit et administrateur des Charbonnages de La Louvière/St Vaast, qui, en 1851, décide de construire une « usine à fer ». Elle portera le nom de « Forges, Fonderies et Laminoirs Ernest Boucquéau ». Elle est située à l’ouest de La Louvière, encore hameau de Saint-Vaast, où elle jouit d’une situation plus qu’idéale puisqu’à côté d’une voie d’eau et d’une voie ferrée. En 1865, l’établissement occupe 180 ouvriers. Ce visionnaire ne cesse d’adjoindre de nouveaux ateliers à cette entreprise (boulonnerie, fabrique de matériel ferroviaire,…) et de créer des « Compagnies » pour gérer les chantiers entrepris. Cependant, ses nombreux projets nécessitent beaucoup d’argent et celui-ci vient un jour à manquer. Sa famille lui refuse toute aide financière, mais son directeur d’usine, Gustave Boël, récolte des fonds auprès de collaborateurs, de commerçants, d’ouvriers  et parvient ainsi  à sauver l’entreprise.

bustesErnest Boucquéau, célibataire, sans descendance directe, fait de Gustave Boël son légataire universel et c’est ainsi que cette dynastie règnera sur cet empire économique jusqu’à la fin du 20ème siècle, avant de le céder à des firmes étrangères NLMK et DUFERCO. Toutes les étapes de cette saga sont expliquées, illustrées et développées dans cette exposition.

Sont mis à l’honneur également tous ces travailleurs, tous ces hommes qui grâce à leur volonté, leur courage, leur abnégation, leur dévouement ont fait d’une simple forge, une entreprise de renommée internationale. On entrait « chez Boël » un peu boel1comme on entrait en religion et nombreuses sont les générations d’une même famille qui « faisaient » toute leur carrière dans l’usine. Pourtant le travail était pénible et dangereux, mais malgré cela, nombreux sont ceux qui ont confié au bourgmestre Jacques Gobert, « C’était dur mais on était heureux et fier de travailler pour Boël, une entreprise de la Région ». Il est nécessaire de préciser que toutes les informations recueillies l’ont été grâce au dévouement d’un homme, Emile Henrard, très attaché à « son usine » dans laquelle il est entré en 1970. Il a eu la judicieuse idée de mettre tout en œuvre pour sauvegarder les archives de cette industrie, archives qui au hasard des agrandissements, des nouveaux aménagements, des fusions diverses, étaient dispersées sur l’ensemble du site. Malheureusement décédé en janvier 2018, il n’aura pas eu l’occasion d’assister au vernissage de cette exposition.

 

Un montage audio-visuel très intéressant explique le rôle et le fonctionnement des hauts fourneaux, des laminoirs et si vous êtes attentifs, vous connaîtrez tout sur les différentes coulées et sur les matériaux qui en résultent. Après cela, vous ne regarderez plus jamais les gros rouleaux de tôle ou COILS qui circulent sur les wagons de chemin de fer  de la même façon car ils vont peut- être donner vie, à la carcasse de votre nouveau réfrigérateur.

Une deuxième exposition se déroule au Musée Ianchelevici à La Louvière jusqu’au 26 août 2018 et s’intitule « NUANCES D’ACIER ».

Boël, côté artiste avec l’exposition « Nuances d’acier »

La veille, coup de téléphone pour s’informer d’une éventuelle visite guidée. Pas de chance ! Elle a été annulée, faute de participants, certainement dû à l’atmosphère footballistique ou au chant des sirènes des terrasses de café. Mais le rendez-vous était pris. Il fallait donc y aller.

Le jour de la visite, ville abandonnée sous un soleil de plomb, couloirs à peine peuplés par quelques badauds, venus se rafraîchir dans les dédales du musée Ianchelevici. La dame à l’accueil me regarde comme une naufragée qui a échoué sur son île déserte. « La visite se déroule à l’étage ! ».

Dès qu’on atteint le premier étage, des bruits d’usine assourdissants nous saluent. Assourdi est bien le mot. Quel lieu culturel accepterait de vivre, ne fut-ce que la durée d’une exposition, sous plus de 95Db. C’était pourtant le quotidien de Boël, le souligner nous amène à penser à cette rumeur de la ville qui s’est peu à peu estompée dès les fermetures des portes de Boël, Boch Keramis et Duferco.

La première œuvre devant l’escalier est celle de Luc Van Malderen, Le moulin d’Aaerchot, datant de 1995. Image graphique où l’artiste s’intéresse aux éléments architecturaux, plutôt qu’à la recherche du « Réel ». Très harmonieuse, très visuelle, elle est l’image représentative de l’exposition.

Il n’y a pas de parcours « à suivre », les œuvres anciennes côtoient les plus actuelles, aux tableaux répondent les installations. Face à une telle variété, il y aurait un risque de se perdre, or le risque réel est que certaines œuvres nous restent muettes. Nous vous recommandons donc vivement la visite guidée.

Parmi toutes les productions présentes, celle de Jean-Marie Mahieu, La nuit/le jour (1997) nous a fort émues. Il s’agit d’un tableau coupé en deux sur toute la hauteur. La toile  est bouleversante par son évocation du travail de nuit et du jour qui suit. Ces périodes de pauses alors que l’usine ne s’arrête jamais, ces matinées où l’on voit un proche s’en aller et, à son retour, partir un autre familier, cette journée de travail seulement interrompue par la pénombre.

Vous venez de le lire, nous avons nos préférences, mais peu importe que l’œuvre vous soit significative en partie ou en totalité, les regards de ces 22 artistes sur ce même endroit industriel montre qu’il n’y a pas le travail d’un côté et la vie d’artiste de l’autre, ce travail au cœur de la ville a influé les regards et le quotidien de ces artistes (beaucoup originaires de la région) et s’est matérialisé dans leurs mains.

Pour une visite en accéléré avant la vôtre à votre rythme, regardez le reportage d’Antenne Centre

Parmi les activités qu’organise le Mill, il en est une attrayante :

Atelier de coulée de métal, bien sûr dans le cadre de  » Nuances d’acier« .                      Pour vous donner  l’envie d’y participer lors d’ une prochaine occasion, voici un petit aperçu en images

FAMILLES / Coulée du métal… Quand ?  : le 15/08/2018 de 11h à 17h. 

Vous avez jusqu’au 26 août pour visiter l’exposition Nuances d’Acier, de  au Musée Ianchelevici (Place Communale 21 7100 la Louvière 064/282530). Mail : info@ianchelevici.be

Le dimanche 5 août, l’entrée au Mill est bien sûre gratuite (1er dimanche du mois) et sont prévues deux visites guidées (25 personnes maximum par visite):

– Une visite de l’exposition temporaire : « Boël, une usine dans la ville. Nuances d’acier » en présence des artistes à 14h30.

– Une visite guidée de sa collection permanente à 16h.

Réservation obligatoire pour les visites guidées via l’adresse : pedagogique@ianchelevici.be ou 064/28.25.30.