L’été des classiques : Homère s’invite dans La croisière s’amuse

Pour cette deuxième lecture estivale, nous vous amenons en croisière sur les traces d’Ulysse. Mais avant de commencer, un petit générique.

Exceptionnellement, le capitaine Stubing, Doc et le barman Isaac resteront en arrière-plan, car contrairement à tout bon épisode de The love Boat, ce sont les vacanciers qui priment ici.

mendelsohnRegardons un peu le casting. Dans le rôle du père, Jay Mendelsohn, dans celui du fils Daniel Mendelsohn, et dans les rôles secondaires, les autres vacanciers, la mère, les élèves du séminaire de Daniel et d’autres membres de la famille de l’auteur américain. Nous allons donc  rencontrer une panoplie de personnages puisque Daniel Mendelsohn, conteur de cette histoire et personnage principal, emprunte à la manière d’Homère, le poète antique (8è siècle av. J.C.) : des sauts dans le temps, des histoires parallèles pour parler d’une personne et des passages plus informatifs sur l’Odyssée.

Sous l’égide de ce poète aveugle (et moult fois repris au fil des siècles), Mendelsohn tente son odyssée, d’une part en racontant la présence de son père, 81 ans, à son séminaire sur l’épopée d’Ulysse, d’autre part en partant avec lui sur les traces du héros grec, histoire de continuer ce séminaire.

Voici donc notre octogénaire passer 2 heures sur la route pour assister au cours de son fils tous les vendredis matins et l’écouter commenter les parties du poème épique, en interrompant à chaque fois sa progéniture de « Je ne vois pas ce qui fait de lui un si grand héros », « Il ne fait rien, ce sont les dieux qui l’aident. Les dieux ! ».

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Ensuite, Daniel propose à son père de l’accompagner en croisière (s’amuse) et les voilà partis, par un magnifique mois de juin, sur les bords de la Méditerranée, à visiter les étapes de l’Odyssée. Ils s’arrêteront sur l’île de Calypso qui retiendra Ulysse 7 ans, puis l’île des Cyclopes et son célèbre épisode de Polyphème, en n’oubliant pas l’île de la magicienne Circé qui changea en pourceaux les compagnons d’Ulysse. C’est d’ailleurs un des meilleurs passages où se confrontent une lecture littérale et érudite chère à Daniel à la moralité du père (« Pf ! Un héros ? Il n’a jamais été fidèle! »). La croisière aurait dû continuer, mais une grève à l’aéroport d’Athènes (les imprévus européens qui déconcertent tant les Américains) a écourté leur voyage. Ils n’iront donc pas à Ithaque !

Vous aurez raison de me dire en quoi ce récit est proche de celui d’Ulysse : Ulysse rejoint Pénélope et il n’y a pas de Pénélope ici. Disons que la lecture de Daniel Mendelsohn est plus fine. Il montre que le retour à Ithaque est un retour au père. Effectivement Ulysse retrouve son fils, se dévoile à son épouse et en dernier lieu ôte son déguisement devant son père. Il a jusqu’à présent rusé (c’est sa principale caractéristique), or il ne ruse pas face à Laërte. Ce n’est plus un héros doté de qualités hors norme, c’est un homme sans atours qui retrouve un père triste de n’avoir plus vu son fils.

Récit informatif sur l’Odyssée, riche en péripéties et en humour (les anecdotes sur son père et sa mère sont exquises), nous vous conseillons chaudement ce livre. Il est à regretter que l’on ne trouve pas l’épisode des sirènes. Mais il se peut que ce soit l’objet d’un prochain compte-rendu de livre.

Belle lecture !

livre

Une Odyssée : un père, un fils, une épopée de D. Mendelsohn. Flammarion, 2017