Découverte Insolite… Animation botanique et chirurgicale à Lessines

L’Hôpital Notre Dame à La Rose, dont les origines remontent au 13ème siècle (1242), regroupe un ensemble de bâtiments magnifiquement conservés et rénovés dans le respect du passé. Il regorge d’objets d’art précieux, de matériel médical et pharmaceutique authentique, mais d’un autre âge, de collections prestigieuses, de recettes secrètes, etc. Il s’anime plusieurs fois par an pour présenter au public, de façon concrète et ludique, différentes facettes de sa longue vie.

 

image1[4270]C’est ainsi que le week-end de la fête nationale, le Frère Arthus de Saint Côme, maître apothicaire, a proposé de l’accompagner pour une visite du jardin des plantes médicinales, tinctoriales, odorantes, techniques et potagères. Trois périodes ont surtout influencé le contenu des jardins et l’utilisation des récoltes. La première est celle des croisades, les chevaliers étant revenus avec de nouvelles variétés inconnues chez nous et avec de nouvelles connaissances quant à leur usage. La deuxième coïncide avec la découverte de l’Amérique et ce, pour les mêmes raisons. La troisième étant le 18ème siècle où cette fois, les monarques envoient des scientifiques dans des pays lointains avec mission d’étudier les différentes plantes, d’en extraire le principe actif et de fabriquer des remèdes bien dosés. C’est d’ailleurs de cette époque que datent les œuvres de Buffon dans lesquelles il reprend tout le savoir du moment dans le domaine des sciences naturelles.

image2[4271]Dans les allées du jardin, ce moine distille ses connaissances avec humour et les illustre de bons mots ou d’images très parlantes. Antispasmodiques, antiseptiques, laxatifs, plantes abortives, baumes naturels n’ont  aucun secret pour lui. Cependant, l’utilisation des plantes est réservée aux initiés car pour certains remèdes, la dose efficace est très proche de la dose létale… D’autres, mal utilisés, causent plus de dégâts que de bénéfices comme la chélidoine, excellente contre les verrues, mais qui rend aveugle lorsqu’elle est distillée dans l’œil pour ôter une tache sur l’iris!!!

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La visite se poursuit par la rencontre d’un chirurgien qui pratique au moyen-âge. Il est utile de savoir que la profession de chirurgien était la plus vile du monde médical. En premier lieu, venaient les médecins qui détenaient le pouvoir, qui avaient étudié, qui savaient lire et s’exprimaient en français. Suivaient les apothicaires qui parlaient le latin , langue dans laquelle sont répertoriés les noms des plantes. Venait ensuite le chirurgien/dentiste, l’équivalent du barbier qui n’avait aucune formation et qui se déplaçait de village en village pour « soigner » divers maux. Ce dernier a acquis ses titres de noblesse lorsque l’un d’eux a construit l’outil nécessaire à inciser la fistule anale du Roi Louis XIV et l’a utilisé avec succès, c’est à dire à la fin du 17ème siècle, alors que les opérations étaient pratiquées depuis bien plus tôt…

image2[4261]Des instruments disposés dans des vitrines nous permettent de comparer ce qui était utilisé jadis et maintenant. Pour certains, la similitude est indiscutable ; seule différence, la matière : le « tout » métal actuel remplaçant les manches de bois, de corne de cerf, d’os ou d’ivoire ciselé pour une évidente question d’hygiène quelque peu inconnue à cette époque.

On constate ainsi de visu  ( sur une planche posée sur tréteaux, à l’air libre et sur un drap qui n’a jamais connu de lessive) et comment étaient pratiquées les amputations, parfois au burin et la masse pour les doigts, pour que cela aille vite puisque l’anesthésie était inconnue. Il existait bien un remède aux opiacées ou un autre coulé sur une éponge à faire sucer par le malade (même éponge pour tous), mais ils ont été interdits car plus mortifères que la douleur elle-même! Ultime moyen: le bâillon, épais morceau de bois, inséré dans la bouche et lié au crâne, empêchant le patient de crier.image1[4266]

Le retrait des flèches entrées plus ou moins profondément dans les corps demandait des techniques différentes en fonction de la nature de celles-ci, mais nécessitait toujours l’agrandissement de la plaie au moyen d‘instruments qui étaient les mêmes pour tous et n’étaient jamais nettoyés. Parfois, un marteau et un genre de chasse-clou étaient choisis pour pousser la flèche de l’autre côté du membre et l’en faire enfin sortir!

image1[4264]Les techniques de pansements semblent très particulières également. Parfois, un tissu passé dans le vin était posé sur la plaie ou parfois un onguent y était déposé. Lorsqu’il y avait une cavité, une mèche de tissu y était introduite, mais la même mèche servait pour plusieurs pansements chez la même personne! Que dire des bandages de fixation qui étaient systématiquement récupérés, jamais lavés et qui servaient donc pour plusieurs malades différents!

Je vous fait grâce de la description des moyens disponibles pour reconstruire une boîte crânienne écrasée par un coup de masse et de celle de l’extraction des calculs situés dans la vessie !!! Pourtant cette pathologie était très fréquente à l’époque, les gens buvant beaucoup trop peu ( pas d’eau car contaminée par déchets et microbes, uniquement des boissons fermentées qui enivrent lorsqu’une certaine dose est dépassée).  Lorsqu’on prend connaissance de tout cela, nous pouvons nous estimer très, très heureux de vivre au 21ème siècle.

 

 

Le circuit peut se compléter par la visite du site où plusieurs salles des malades sont reconstituées. On peut ainsi estimer les progrès réalisés dans ce domaine  pour les soins et pour le confort des malades. D’un lit occupé par 2, 3 voire même 4 personnes en cas d’épidémie, avec des draps peu changés , des tentures jamais lavées, on passe à un lit individuel aux draps blancs et frais avec une  table de nuit personnelle. Et on est encore loin de notre confort actuel…

Si vous souhaitez participer à de tels évènements, plusieurs sont annoncés dans les prochaines semaines :

  • Le vendredi 27 juillet : nocturne au musée.
  • Le dimanche 29 juillet : « La théorie des signatures » expliquée lors d’une visite au jardin
  • Les 11 et 12 août : W-E patrimoine en vie

Pour plus de renseignements, consultez le site officiel: http://www.notredamealarose.com/infos-pratiques

Belles découvertes et bon amusement à toutes et à tous.