Connaissez-vous… Les dessous de la Fête Nationale?

 

A l’occasion de la Fête Nationale célébrée ce 21 juillet, il est de coutume de rendre un hommage mérité aux personnes, civiles ou militaires, femmes, hommes et même animaux parfois, qui travaillent pour le pays et ses concitoyens. C’est pour cette raison que le traditionnel défilé continue à avoir le succès qu’on lui connaît. Cette année, le thème était « Respect du Passé, Confiance en l’Avenir », devise parfaitement adaptée à la commémoration du centenaire de la fin de la Grande Guerre (1914-1918) et du cinquième anniversaire de règne de notre Roi.

Mais le 21 juillet ne se résume pas à cela, il est également synonyme de folklore, d’activités diverses tels que bals, concerts, restaurant urbain en plein air, majorettes, fanfares et moules/frites sans oublier le très beau feu d’artifice de clôture. Le tout se déroulant dans une atmosphère bien belge faite de rire et de bonne humeur. C’est un jour où, comme lors du passage des Diables Rouges sur la Grand-Place, tous les belges sont en totale harmonie et vibrent ensemble, rendant la devise du pays « L’Union fait la force » plus vivante encore.

Cependant, hormis ces festivités, savons- nous à quoi correspond cette date particulière ? C’est le 21 juillet 1831 que Léopold Ier prête serment et devient le premier roi des Belges.prestation de serment de leopold 1

Pourtant, ce n’est qu’en 1890 que cette date sera choisie comme jour de fête nationale. Mais qui est ce personnage qui occupe une place aussi importante non seulement dans l’histoire de notre pays , mais aussi dans celle de toute l’Europe de XIXème siècle? Et qu’était notre territoire avant cette date? L’idée n’est pas de faire une leçon d’histoire ou de géographie, mais de rappeler simplement qui étaient nos deux premiers couples royaux qui ont permis l’avènement et  le développement de notre pays, malgré des déconvenues professionnelles, politiques et sentimentales et de comprendre un peu plus facilement pourquoi les Cours d’Europe (Belgique, Angleterre, Luxembourg, Pays-Bas, Suède, etc. )  sont aussi liées entre-elles.

Léopold, prince allemand,  est né en 1790 dans le Duché de Saxe-Cobourg, au nord de la Bavière. Il est le huitième enfant de la fratrie et débute sa carrière militaire dès l’âge de 5 ans en étant nommé colonel, puis général de l’Armée du Tsar de Russie auquel il restera fidèle malgré la proposition de Napoléon Ier de devenir son aide de camp. Il participe également à la gestion du Duché en compagnie de son frère ainé et s’initie ainsi à la politique et à la stratégie. Le jeune Léopold ne laisse personne indifférent. Son pouvoir de séduction associé à ses yeux verts au regard profond et à son maintien plus qu’impeccable font de lui un personnage très convoité par le beau sexe. charlotteCependant, après sa victoire éclatante sur les Français, auréolé de gloire, il tombe éperdument amoureux de la princesse Charlotte De Galles, future reine d’Angleterre. Cet amour est partagé puisque la princesse refuse la main de Guillaume, fils  du Prince d’Orange des Pays-Bas, pour épouser celui qu’elle a choisi. Cependant, ce bonheur n’est que de très courte durée car moins de deux ans plus tard, Charlotte meurt en mettant au monde un enfant mort-né. Malgré son veuvage et un état dépressif constant, Léopold demeure à la cour d’Angleterre car il considère ce pays comme sa seconde patrie et il souhaite rester proche de sa nièce chérie, la future reine Victoria, souveraine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande et impératrice des Indes.

Pendant ce temps, la Belgique annexée depuis 1815 aux Pays-Bas, ne supporte plus cette tutelle protestante et conservatrice. Dans la mouvance des révolutions qui éclatent en Europe, les belges s’opposent aux Pays-Bas, créent un gouvernement provisoire et  déclarent leur pays comme « Etat Indépendant » en 1830.

devise

Le pays souhaite se doter d’une monarchie constitutionnelle, c’est à dire d’un chef d’état dont les pouvoirs sont limités par la constitution. Il est uniquement le symbole du pouvoir exécutif qui est assuré, en pratique, par le premier ministre et avec le soutien des parlementaires. Tous les pouvoirs émanent de la nation, ce qui est raillé par les autres pays très conservateurs à cette époque, mais qui a ensuite été mis en place dans de nombreux états. Pour parodier Adolphe Thiers:  » Le Roi n’administre pas, ne gouverne pas, il règne ». Il est le garant de l’ordre, de la stabilité et de la neutralité de la nation. Le trône est dès lors proposé à Léopold qui bien qu’ayant refusé celui de Grèce suite à un désaccord avec les idées politiques défendues, accepte la proposition, séduit par le système constitutionnel mis en place, prête serment le 21 juillet 1831 et règne sous le nom de Léopold Ier.

 

Le drapeau belge que nous arborons si fièrement lors des matchs des Diables Rouges   tire ses couleurs de l’Ecu Ancien du Duché de Brabant : un lion d’or (jaune= sagesse) sur fond de sable ( noir=force) et dents de gueules (rouge=courage).

louise marie et ses enfantsVeuf depuis 15 ans, Léopold Ier n’a jamais songé à se remarier. Cependant, pour assurer la descendance de la dynastie Saxe-Cobourg Gotha, à 42 ans, il épouse, en 1832,  la jeune princesse Louise-Marie (20 ans), fille de Louis-Philippe 1er,  Roi des Français. Elle lui donnera quatre enfants dont le premier mourra en bas âge. Après deux fils, Léopold, futur roi des Belges et Philippe, père du roi Albert Ier, naîtra une fille prénommée Charlotte en mémoire de sa première épouse tragiquement disparue. Elle épousera Maximilien d’Autriche, Empereur du Mexique dont le destin tragique la fera basculer dans la paranoïa.

Si le début du règne a été difficile suite à l’invasion du pays par Guillaume d’Orange, Léopold, en fin stratège, est parvenu à régulariser la situation. Il n’eut de cesse d’améliorer  l’état de l’armée qui, lors de son accession au trône, était  déplorable. Grâce à des liens de parenté forts avec  les nombreuses cours influentes ( Bavarois de naissance, oncle de la Reine Victoria, beau-fils du Roi des Français, et lié à d’autres via les alliances de ses nombreux neveux et nièces ) et une politique étrangère réfléchie, il parvint à instaurer la paix et à assurer la prospérité du pays. On lui doit, notamment, le premier « timbre poste » ainsi que le premier tronçon de chemin de fer entre Malines et Bruxelles, inauguré en 1835.

 

A la mort de Léopold Ier en 1865, son fils ainé est proclamé roi sous le nom de Léopold II. Il détient jusqu’à présent, le record de longévité dans la monarchie. En 1853, il avait épousé, sur le conseil de son père toujours soucieux des alliances intéressantes pour le pays, l’archi-duchesse d’Autriche Marie-Henriette. marie-henriette

Les deux époux ne s’apprécient guère, car tout les oppose. La reine adore les chevaux dont elle s’occupe elle-même. Elle affectionne la nature et le grand air et passera la plupart de son temps à Spa qu’elle mettra à la mode, en y invitant têtes couronnées et artistes. Le Roi déteste cette ville qu’il juge sans charme. Pour éviter les rumeurs, il engage un sosie qui se promène à Spa pendant que le monarque s’encanaille sur la Côte D’Azur ou ailleurs et sauve ainsi les apparences. Ce sosie est un ouvrier fondeur qui vient de Mariemont et qui répond au nom de Valère Mabille Y a-t-il un lien entre cette homme et celui dont une rue de Morlanwelz porte le nom ? C’est très plausible puisque le Valère Mabille, glorifié dans notre village, a été le premier à fabriquer des essieux en acier coulé en 1865; pour un ouvrier fondeur, quoi de plus naturel? Dans d’autres documents, il est renseigné comme grand patron industriel ou comme cofondateur de la boulangerie coopérative du Bon Grain. Tous ces personnages seraient-ils un seul et même homme?

De cette union, naîtront un fils Léopold, qui décédera à l’âge de 9 ans, causant un chagrin immense à son père qui perdit par la même occasion son seul héritier, ainsi que trois filles : les princesses Louise, Stéphanie et Clémentine. Ces dernières seront peu  aimées par leur père qui leur laissera un minimum de biens, préférant en faire bénéficier la Belgique, elle-même, ainsi que sa dernière et très jeune maîtresse, Blanche Delacroix, qu’il titre Baronne de  Vaughan et ses deux fils qu’il anoblira également.

 

Durant toute sa vie, le roi, bénéficiant d’une libido effrénée, a collectionné les conquêtes, de préférence jeunes, un peu rondelettes,  et les enfants illégitimes tout en leur assurant une éducation et des conditions de vie plus que correctes. Il fût une période durant laquelle, Georges Rémi, alias Hergé, le père du  célèbre reporter Tintin, a été supposé « fils de… « . Cependant, si de nombreuses coïncidences ont été répertoriées, les preuves de cette paternité ne furent jamais apportées.

Mais à côté de cela, il était un roi visionnaire qui souhaitait par dessus tout faire de la Belgique un état particulièrement puissant, une nation plus grande et plus belle. Il mise tout sur deux projets : « l’urbanisation et l’ouverture vers l’étranger. » Féru de géographie, il voyage énormément et est persuadé que la Belgique doit se doter de colonies, comme l’Angleterre, pour développer son commerce et ses industries.

congoA cette fin, il sponsorise des expéditions en Afrique Centrale pour  en déterminer les richesses (caoutchouc, ivoire, minerais) et parvient à se faire reconnaitre comme  » souverain de l’Etat indépendant du Congo ». L’exploitation des immenses ressources africaines, souvent au prix de mauvais traitements, d’esclavage des indigènes, amène de l’argent frais à notre pays. De plus, les entreprises belges  spécialisées dans la fabrication de voies de chemin de fer, de trains, de pièces métalliques et de tramways comme, notamment l’Entreprise Baume-Marpent de Haine-Saint-Pierre, se développent considérablement et créent  même parfois des filiales au Congo.

D’autre part, le Roi veut embellir Bruxelles.

 

serres de laekenIl modifie la façade du Palais Royal qu’il juge très laide, fait aménager des portes dérobées, des souterrains , des ponts couverts pour sortir plus discrètement de ses appartements. Il fait ériger des bâtiments plus exotiques telle la Tour Japonaise encore debout aujourd’hui. Il aime que la nature entre en ville et fait aménager le Parc du Cinquantenaire. Autre chef d’œuvre à son actif, une véritable ville de verre dessinée par l’architecte Alphonse Balat, professeur de Victor Horta, qui allie architecture magistrale et collection florale exceptionnelle, les serres de Laeken. 

ascenseurs 2Il aménage également les voies de transport, modernise les ports, élargit les voies d’eau, construit le barrage de la Gileppe pour développer l’industrie lainière de la région de Verviers, fait ériger des ascenseurs hydrauliques notamment sur le Canal du Centre. Ceux-ci sont les seuls en Europe à être encore en fonctionnement et sont  classés depuis 1998 au Patrimoine de l’Humanité par l’Unesco. 

Il rend le service militaire obligatoire pour disposer d’un état fort et capable de se défendre et réalise la première révision de la Constitution; le suffrage devient universel.

Un mois avant sa mort,  en novembre 1908, il lègue le Congo à la Belgique. Cette dernière est, à cette époque, la deuxième puissance économique du monde. Le Congo va lui apporter, pendant de longues années, d’énormes débouchés et va accroître son prestige sur le plan international.

Si vous souhaitez lire la suite, rendez-vous sur ce même blog vers la mi-novembre, jour de la fête de la Dynastie. En attendant, bonne lecture!!!

Pour en apprendre un peu plus, de nombreux livres développent les différents sujets. En voici quelques-uns:

 

  • « La jeunesse de Léopold Ier », par Baron Camille Buffin, éditions Jourdan-le-clercq, 2006, 348 pages
  • « Léopold II, Entre génie et gêne, Politique étrangère et colonisation », par V. Dujardin V. Rosoux et T.de Wilde, Editions Racine, 2009, 403 pages
  • « Famille royale de Belgique, les plus étonnantes anecdotes, Amours secrets et héroïsme », par Véronique de Montfort, Editions La boite à Pandore, 2015, 175 pages
  • « Les histoires les plus coquines des rois et des reines de Belgique », par Alain Leclercq, Editions Jourdan, 2015, 379 pages
  • « L’album intime de la Famille Royale, Au cœur des archives du Palais », par Pierre De Vuyst , Editions Jourdan, 121 pages