A quelques pas de chez vous… Le site du Bois-Du-Luc.

Ce site minier, classé à la fois au Patrimoine exceptionnel de Wallonie ainsi qu’au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’UNESCO depuis 2012, vaut vraiment le détour. Il regroupe non seulement les équipements liés à l’exploitation du charbon, mais également une cité ouvrière, des logements destinés aux autres catégories de travailleurs et à la Direction, des bureaux, des ateliers, une forge, des écuries, des hangars ainsi que divers bâtiments destinés à la vie collective : salle des fêtes, hospice, hôpital, écoles, magasins, kiosque, église, etc. La préservation quasi intacte de ces espaces professionnels et sociaux agencés comme jadis dans leur écrin de verdure permet aux visiteurs de se replonger dans la vie d’autrefois.

20180712_152233Divers bâtiments sont exclusivement visibles de l’extérieur et se découvrent lors d’une agréable promenade dans les rues des « carrés », formés de quatre blocs d’habitations dont l’espace intérieur est occupé par des jardins. Cette cité est toujours bien vivante car si les 166 maisons ont été construites dès 1838 pour abriter une main d’œuvre toujours plus nombreuse, elles sont toujours habitées actuellement car elles ont été cédées en 1994 au Foyer Louvièrois qui en assure la rénovation. Cet ensemble constitue un exemple typique de l’architecture industrielle du milieu du 19ème siècle. Il est dominé par la maison du Directeur (1844) qui en assurait ainsi la surveillance (non accessible à la visite).
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L’intérieur meublé d’une « maison témoin », sise rue du Midi, peut être aperçu par les fenêtres. Au cours du temps, pour améliorer le quotidien du personnel, aux deux pièces du bas, présentes depuis l’origine, ont été ajoutées deux chambres à l’étage en 1880 et une cuisine en 1916. Chaque demeure est flanquée d’un jardin dans lequel les enfants pouvaient jouer en toute tranquillité et où la culture potagère était encouragée pour assurer un apport de légumes frais dans l’alimentation. Un cercle horticole a même été créé pour aider les locataires à optimiser la culture de leur lopin de terre.

vegetables-2924239_1920Plus loin, au carrefour des quatre rues (du Midi, du Levant, du Couchant et du Nord), deux bâtiments aux frontons triangulaires sont plus imposants : l’épicerie et le café à l’arrière duquel a été construite la salle des fêtes. Elle était le lieu de réunion par excellence. C’est là que les ouvriers et les mineurs allaient prendre un verre (consommation supervisée pour éviter les esclandres liés à l’ébriété ainsi que pour prévenir les maladies liées à l’alcool qui diminuaient la productivité). Mais aussi, c’est en cet endroit que se déroulaient les répétitions de la fanfare, les matchs de boxe, les pièces de théâtre, les repas des fêtes votives notamment celle de Sainte Barbe, leur sainte patronne, etc. Tout était prévu pour que les travailleurs restent dans leur cité aussi bien pour le travail que pour la vie sociale, évitant ainsi les comparaisons des salaires entre différents charbonnages et les éventuelles incitations aux grèves. Un joli kiosque construit en 1900 pour accueillir les orchestres (concerts et bals) et toujours en état, se dresse fièrement dans le Parc d’agrément du Quinconce. Parfois, une excursion en car vers Dinant ou une destination similaire était proposée à tous.

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L’entrée dans la cour abritant les ateliers, les bureaux et la fosse d’extraction Saint Emmanuel (1846 – 1959), entièrement clôturée, se fait par l’imposante porte à guillotine flanquée de deux tours semblables à des donjons médiévaux avec créneaux et meurtrières factices, qui imposent une image d’autorité et de pouvoir dans un contexte social parfois turbulent. Les guillotines permettaient, dès 1896, une fermeture rapide et hermétique de l’espace de travail évitant ainsi l’assaut des grévistes.

20180712_151336[4202]La visite, avec ou sans audioguide, débute par le standard téléphonique, petite pièce étroite et bien remplie où la standardiste devait, non seulement, répondre au téléphone et assurer le suivi des communications, mais aussi accueillir et orienter les visiteurs, soit vers la salle d’attente, séparée du bureau comptable par une baie vitrée assez imposante, soit vers le bureau directorial (1907) qui dégage une impression de richesse (murs en imitation de marbre, carreaux de ciment aux motifs recherchés,…), de puissance et de réussite (tables-bureaux de grandes dimensions, coffre-fort de grande taille,…).

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Elle se poursuit par la cour des ateliers dans laquelle plusieurs vestiges de l’exploitation sont exposés dont une locomotive faisant partie d’« El Train Des Flaminds » (1855- 1963) qui acheminait les mineurs des régions de Ninove, Grammont ou Enghien vers Bois-Du-Luc, ces travailleurs ayant peu à peu cédé leur place aux immigrés venus de divers pays comme l’Italie, l’Afrique du Nord et la Turquie, logés dès lors dans les carrés.

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Les ateliers sont multiples car le complexe vivant en autarcie, tout est quasiment construit sur place y compris les outils et même à une certaine époque, les sabots, le mobilier et les cercueils des habitants. Dans l’atelier de mécanique sont assurées la fabrication et la réparation de l’outillage et du matériel tels les marteaux piqueurs et même les wagonnets. La fonderie ainsi qu’une forge complètent cet ensemble.
L’atelier de menuiserie remplit diverses missions : préparation des bois d’étayement de la mine, fabrication des modèles en bois destinés à la fonderie pour réaliser engrenages, poulies, pièces mécaniques, fabrication et réparation des châssis, des portes, des meubles, etc. Le sol de cette pièce est recouvert en partie de pavés de bois, évitant ainsi aux outils affutés, de s’abîmer lorsqu’ils échappaient malencontreusement des mains des menuisiers.

La cour est également entourée d’écuries et d’une grange destinées, jadis, aux chevaux et aux ânes qui, pendant longtemps, ont également travaillé dans la mine. Dès le 20ème siècle, de nouveaux bâtiments ont vu le jour tels un garage, un local électrique, des locaux de stockage des réserves d’huiles et de graisses, une remise à bicyclettes, etc.

Dans une cour voisine, toujours entourée de murailles et fermée elle aussi par une porte à guillotine, se situe la zone proprement dite du travail de fond : la Fosse Saint Emmanuel. Dès 1846, elle est équipée d’un puits d’extraction du charbon de 558 mètres de profondeur et d’un puits d’exhaure servant à extraire l’eau des nappes phréatiques qui envahissait régulièrement les boyaux de la mine.

Un châssis à molettes, datant de 1913 et parfaitement conservé, domine le site et s’impose comme l’emblème du charbonnage. Il était le lieu de départ des hommes pour le fond via les cages dans lesquelles ils s’entassaient sur plusieurs niveaux. Mais c’est aussi l’endroit par où le matériel descendait et par lequel le charbon remontait. Inutile de préciser que de nombreux hommes s’y affairaient (l’encageur, l’accrocheur, le moulineur, le porion, le bouveleur, l’hercheur, etc.…).

Le travail du fond était extrêmement pénible et était réparti en trois pauses. Les travailleurs, des hommes et des enfants, y œuvraient parfois torse nu car la chaleur y était intense. L’humidité omniprésente, la poussière et le grisou, gaz inflammable qui explose à une concentration supérieure à 6%, ainsi que l’étroitesse de certaines failles, rendaient le métier particulièrement ardu et dangereux.

Les femmes n’ont pas travaillé au fond dans ce charbonnage ; elles étaient employées à la lampisterie (entretien et distribution des lampes nécessaires pour éclairer les galeries) ou au triage manuel.

La salle de douches des hommes est si vaste que des armoires métalliques pouvant recevoir leurs vêtements civils y occupaient certains murs, rendant inutile une salle des pendus (accrochage des vêtements civils au plafond) souvent présente dans les autres charbonnages. Elle est décorée de nombreux panneaux explicatifs qui nous content l’histoire de l’extraction du charbon du Moyen Age à nos jours et l’évolution de l’industrie de ses débuts à son apogée et jusqu’à son déclin.

La salle des douches individuelles des femmes aux murs recouverts de carrelage fabriqué par la Faïencerie Boch de La Louvière, expose sur ses murs des panneaux expliquant les conditions de travail des femmes ainsi que la montée du féminisme. Une autre salle est consacrée aux enfants et à leur « utilisation » dans la mine.

La visite se termine par la salle du ventilateur qui créait un courant d’air pour permettre aux mineurs de mieux respirer et par l’impressionnante centrale électrique qui alimentait, dès 1912, aussi bien le site professionnel que les logements des carrés. S’y trouve également un compresseur qui envoyait de l’air comprimé dans les marteaux-pics.

Si la curiosité vous donne des ailes, il est possible, moyennant quelques pas supplémentaires, et en totale gratuité, de visiter l’Eglise Paroissiale Sainte Barbe (1905), encore utilisée pour l’exercice du culte ; d’observer les bâtiments des écoles des filles et des garçons, l’hospice (donation Plunket de Rathmore en 1861, créé pour accueillir les mineurs malades ou les veuves souffrantes et ainsi, libérer les maisons pour loger d’autres travailleurs ! Ce bâtiment est actuellement occupé par le Centre des Archives de La Louvière) et l’hôpital datant de 1909, est devenu un institut pour personnes handicapées « Les Godets ». Non loin de l’Eglise, deux maisons de style assez pittoresque, construites en 1924 pour abriter les employés de la société se dressent encore fièrement. Rue du Quinconce, une maison plus cossue, bâtie pour loger un ingénieur et sa famille, atteste de la position sociale de ses occupants.

Si tout ceci vous a donné l’envie de découvrir cet endroit tout à fait exceptionnel qui a traversé le temps tout en conservant de nombreux témoignages du passé et qui continue à vivre au présent, rendez-vous sur le site : http://www.ecomuseeboisduluc.be

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En saison, l’écomusée est accessible tous les jours, lundi compris contrairement à ce qui figure sur les folders et sur certains sites touristiques. Pour en savoir plus sur cet endroit particulier, une documentation complémentaire est offerte à l’accueil du Musée.

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Venez vite vous perdre dans cet endroit remarquable dont l’atmosphère particulière est si bien résumée par Jacqueline Dulière, Vice – Présidente de l’Ecomusée : « Quand on se promène à Bois-Du-Luc, lieu de vie, on comprend aisément que ce n’est pas le temps qui passe, mais que c’est nous qui passons ». Bonne promenade à laquelle vous pouvez ajouter une touche verte par l’ascension des terrils boisés ou en enfourchant un vélo pour parcourir un circuit alliant nature et culture.

Si le cœur vous en dit, l’exposition « Boël. Une usine dans la Ville », est visible dans un des ateliers jusqu’au  30 novembre 2018. Elle fera objet d’un prochain article.